Les grandes gerbilles, illustration.
Les grandes gerbilles, illustration. — ARDEA/MARY EVANS/SIPA

PANDÉMIE

Peste noire: N’accusez plus les rats, les gerbilles pourraient être les responsables

La peste noire a décimé entre 30% et 50% de la population européenne...

J’accuse! Et si les rats étaient, depuis des siècles, victimes d’une injustice? Dans une étude publiée fin janvier par l'Académie des sciences américaine, et repérée par Sciences et Avenir, des scientifiques font cette hypothèse: le rat ne serait plus l’unique responsable de la propagation de la peste noire en Europe au Moyen Age. Cette pandémie a décimé le Vieux Continent, tuant entre 30% et 50% de la population européenne.

Jusqu’ici, on pensait que la bactérie responsable de la peste, Yersinia Pestis, avait été introduite en Europe par l’intermédiaire des bateaux arrivés d’Asie. Elle se serait ensuite propagée sur le continent grâce aux puces présentes sur les rats.

«A partir des premiers cas de peste humaine, la contamination interhumaine peut se faire soit par piqûre de puces d’homme à homme (peste bubonique), soit par voie aérogène (peste pulmonaire)», indique l’Institut Pasteur. Les rats auraient alors joué le rôle de «réservoir» de la maladie, ce qui expliquerait la résistance de la peste au fil des ans.

La grande gerbille, voilà l'ennemi

Mais la flambée de la maladie pourrait en réalité être due à un autre rongeur venu d’Asie par la Route de la soie: la gerbille. Les chercheurs ont étudié plus de 7.700 épisodes de pestes documentées entre 1347 et 1353. Ils ont remarqué qu’il y avait un lien avec les conditions climatiques de l’Asie à la même époque. En d’autres termes, un printemps chaud et humide à l’Est pourrait avoir provoqué une épidémie de peste dans une capitale européenne quelques années plus tard.

«Cela vient en effet contredire l’idée répandue - mais très peu documentée - que l’Europe avait sur place un "réservoir" de peste comme le rat noir, accusé d’avoir disséminé des puces abritant le bacille responsable de la peste, Yersinia pestis… Bien au contraire, de nouvelles souches de la maladie auraient été fréquemment importées d’Asie!», explique Boris Schmid, de l’université d’Oslo.

«Les puces sont plus actives en cas de chaleur et infectent donc davantage de rongeurs. 1°C de plus en été en Asie centrale double la prévalence de la peste chez les rongeurs sauvages», ajoute Nils Christian Stenseth, de l’université d’Oslo.

Le rat aurait alors été porteur de la maladie, sans pour autant en être à l'origine. «Si nous avons raison, c'est toute une partie de l'histoire qu'il faudra réécrire», a poursuivi le professeur sur BBC News.