Lors d'un interrogatoire, le cerveau crée facilement de faux souvenirs

PSYCHOLOGIE C'est le résultat d'une étude menée sur des volontaires s'étant souvenu d'une expérience qu'ils n'avaient en fait jamais vécue...

N.Bg.

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Illustration: le cerveau humain.
Illustration: le cerveau humain. — Inition / Rex Features/REX/SIPA

Un suspect qui se laisse convaincre de sa propre culpabilité lors d’un interrogatoire policier alors qu’il est innocent, c’est un phénomène récurrent auquel on peut avoir du mal à croire. Mais selon une étude de chercheurs canado-britannique, provoquer de faux souvenirs chez un sujet lors de séances de questions-réponses est étonnamment facile.

L’étude, publiée le mois dernier dans la revue Psychological Science et repérée mardi par le blog du Monde Passeur de sciences, a été menée sur 70 volontaires choisis parmi des étudiants n’ayant jamais eu affaire avec la justice et croyant participer à un simple exercice sur la mémoire. Avec la complicité de leurs parents, les chercheurs ont raconté à chaque cobaye deux expériences qu’ils avaient vécues dans leur prime adolescence. Sauf que l’une des deux, les mettant en scène comme auteur ou victime d’un crime (vol ou agression), était inventée de toutes pièces – mais agrémentée de détails véridiques pour paraître plausible.

Des résultats sans appel

Avec des techniques de suggestion bien connues de la police –livres et dossiers laissant croire que l’interrogateur est un expert, longs silences gênants que le cobaye est amené à briser- les chercheurs demandaient alors aux étudiants de préciser certains points des deux anecdotes, la vraie et la fausse. Un second entretien était mené une semaine plus tard, et un troisième une semaine après.

Le résultat de l’expérience est sans appel: 70% des participants ont été classés comme ayant cru au faux souvenir, et ayant même apporté des détails supplémentaires et créé des souvenirs concernant par exemple le nom du policier imaginaire ayant traité leur faux crime, son apparence, etc. «Il apparaît que dans un entretien utilisant des techniques de suggestion, on peut très facilement se souvenir à tort d’avoir commis un crime», concluent les auteurs de l’étude. Qui appellent les enquêteurs à la prudence quand ils utilisent des techniques d’interrogatoire agressives pouvant trop facilement amener les suspects à inventer des souvenirs malgré eux.