Brésil: Pour avoir de l’eau potable, ils doivent se battre avec les caïmans

PRECARITE Les habitants d’une favela de Rio n’ont pas d’autre choix pour faire face à la sécheresse...

N.Beu. avec AFP

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Un caïman dans le Recreio dos Bandeirantes, à Rio de Janeiro, le 14 octobre 2013.
Un caïman dans le Recreio dos Bandeirantes, à Rio de Janeiro, le 14 octobre 2013. — Felipe Dana/AP/SIPA

L’été, au Brésil, boire est souvent une question de vie ou de mort. Dans la favela Vila Amizade de Rio de Janeiro, c’est même bien pire que ça. Chaque jour, ses habitants doivent défier les caïmans qui se prélassent dans les eaux immondes d'un canal pour pirater l'eau potable d'une canalisation de la compagnie publique des eaux, raconte l’AFP.

La scène se répète presque au quotidien dans ce quartier de Recreio dos Bandeirantes, dans la zone ouest de Rio, à quelques kilomètres des chantiers de construction d'installations sportives des Jeux olympiques de 2016. «Avec cette sécheresse, on manque souvent d'eau et les habitants viennent ici en prendre. Ils doivent distraire les caïmans en leur jetant de la nourriture», explique à l'AFP Alessandra dos Santos, 43 ans, habitante de cette favela qui jouxte le canal, lui-même voisin d'une lagune d'où proviennent les reptiles.

«C'est ça la réalité de Rio de Janeiro»

Tout le sud-est du Brésil est frappé par une grave sécheresse, avec le niveau des barrages au plus bas. La situation est bien plus grave à Sao Paulo qu'à Rio de Janeiro. Mais si la compagnie des eaux de Rio Cedae «ne le dit pas, elle rationne parfois déjà l'eau dans les favelas avant les zones résidentielles», affirme à l'AFP Marcos Conti, vice-président de Vila Amizade, où vivent plus de 5.000 personnes.

A l'entrée de cette favela, en bordure de route, les habitants ont donc bricolé des branchements d'eau clandestins sur la canalisation principale de la Cedae qui a toujours de l'eau, même quand les autres ramifications du réseau sont coupées. «On a peur quand il pleut car, parfois, l'eau déborde et les habitants doivent repousser les caïmans dans l'eau avec des bâtons», affirme Luciane de Oliveira, 36 ans. «Ils ont déjà dévoré un chat et arraché la patte d'un chien», témoigne pour sa part Alessandra.

«Les gens ici doivent vivre dans la merde, au milieu des moustiques, et cohabiter avec les caïmans, dans des conditions totalement insalubres et inhumaines», s'insurge pour sa part le biologiste Ricardo Freitas Filho, coordinateur de «l'Institut Jacaré». «C'est ça la réalité de Rio de Janeiro, la ville merveilleuse des Jeux olympiques!», enrage-t-il.