Tinder va-t-il casser le système de castes en Inde?

MONDE L’application de rencontres semble être un premier pas vers la fin des mariages arrangés en Inde…

A.Ch.

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L'application Tinder.
L'application Tinder. — Yami2 Productions / France 4

Il y a chaque jour 1% de membres supplémentaires sur Tinder en Inde: une véritable révolution culturelle dans un pays où les mariages arrangés entre membres d’une même caste restent la règle. La jeunesse indienne urbaine, anglophone et éduquée, a pourtant adopté sans hésiter le réseau de rencontres, débarqué dans son pays en octobre 2013, et passe maintenant par le virtuel pour rencontrer des personnes qui ne sont pas forcément issues de leur milieu social.

«Les sites de rencontres et les algorithmes prévisionnels pour trouver l’âme sœur ont remplacé les vieilles structures communautaires et familiales qui définissaient comment les hommes et les femmes devaient interagir et se faire la cour», expliquait Nishant Shar, cofondateur du Centre pour l’étude d’Internet à Bangalore, aux Inrocks. Les jeunes Indiens trouvent ainsi sur Tinder une «bulle de liberté» qui leur permet de s’affranchir des règles sociales, explique Floriane Zas, collaboratrice au Centre d’études de l’Inde et de l’Asie du Sud, au Figaro: «Tinder accompagne et rend visible un processus de libération des mœurs préexistant au sein d'une partie de la société indienne.»

Confiance pour les filles, liberté pour les gays

Ce ne sont donc désormais plus les classes sociales qui font ou défont les couples, mais simplement l’attirance, le physique et la proximité géographique, pragmatisme oblige. Pour les filles, cela peut aussi représenter une assurance dans un pays où le viol est un fléau: pouvoir créer des contacts avec des gens dont on peut voir les amis et les centres d’intérêt sur Facebook limite les mauvaises surprises. «Pour les femmes indiennes, c’est nouveau. Avant, le sexe avant le mariage, c’était très mal vu. Mais si on couchait sans aucune intention d’avoir une relation suivie et que ça se savait, alors là, on se faisait traiter de pute! Ça pouvait même avoir des conséquences graves», explique une jeune ingénieure de 26 ans vivant à Delhi aux Inrocks .

La communauté LGBT indienne a aussi trouvé sur Tinder un moyen de se rencontrer sans risques, dans un pays où l’homosexualité peut être punie de la prison à perpétuité. Quant aux hommes indiens, ils découvrent aussi la possibilité de ne pas plaire à une femme et de devoir l’accepter. Un humoriste indien en a même fait un sketch. Si les Indiens en rient, c’est bon signe.