VIDEO. Si les femmes se font violer, c'est de leur faute, selon la police hongroise

POLEMIQUE Les forces de l'ordre hongroises ont diffusé un «clip de prévention» pointant la responsabilité des femmes victimes d'agression sexuelle...

Bérénice Dubuc

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Capture d'écran d'un «clip de prévention» contre le viol de la police hongroise.
Capture d'écran d'un «clip de prévention» contre le viol de la police hongroise. — 20 Minutes / Youtube

Pour éviter de se faire violer, une fille doit faire attention à la façon dont elle s'habille et dont elle se comporte. C'est, en substance, le message que fait passer la police du district de Baranya, dans le sud-ouest de la Hongrie, depuis le week-end dernier et la mise en ligne d'un «clip de prévention», comme le rapporte Libération.

Dans ce clip, trois jeunes femmes s'apprêtent -jupe courte et maquillage- pour sortir, puis se rendent en boîte de nuit où elles dansent, consomment de l'alcool et flirtent avec des hommes. A la sortie, l’une d’entre elles se fait agresser sexuellement par un homme cagoulé. A la fin de la vidéo, le message des forces de l'ordre apparaît sur l'écran: «Tu y es pour quelque chose, tu peux faire quelque chose pour éviter cela.»

«C'est souvent la coquetterie des jeunes femmes qui déclenche la violence»

Cerise sur le gâteau, un communiqué de la police d'un autre district a mis en avant le fait que, selon son expérience, «la métacommunication féminine [c'est-à-dire le langage corporel] joue un rôle important dans la prévention. C'est souvent la coquetterie des jeunes femmes qui déclenche la violence».

La vidéo a bien entendu fait réagir plusieurs organisations de défense des droits civils et groupes féministes hongrois, qui ont rappelé que si une femme se fait violer, ce n’est pas de sa faute mais de celle de son agresseur, et jugé que la police devrait chercher à lutter contre les agresseurs et mieux prendre en charge les victimes, plutôt que de blâmer ces dernières.

La vidéo, financée par une institution reliée au ministère de l’Intérieur, est destinée à être montrée dans les lycées, a expliqué la police. De quoi lutter contre les préjugés persistants en Hongrie, où, selon un sondage réalisé en 2006 auprès de près de 1.200 personnes, plus de 32% des personnes interrogées (près de 40% des hommes et plus de 25% des femmes) estimaient que la femme était responsable en cas de viol, rappelle Libération.