Faire grève sans pénaliser les patients

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Reportage dans la clinique Turin située à Paris dans le 8 ème arrondissement où les médecins ont anticipé la grève pour en limiter les conséquences néfastes sur les patients.

Ni banderoles sur les murs, ni tracts distribués. Les chirurgiens, anesthésistes et obstétriciens grévistes de la clinique Turin située dans le 8 ème arrondissement de Paris ont décidé de protester en silence. Malgré l’apparente quiétude des lieux, la colère gronde. Spécialiste en chirurgie digestive et viscérale et Président du syndicat national des chirurgiens viscéraux et digestifs, le Docteur Breil n’opérera pas cette semaine : « L’heure est grave, il fallait vraiment se mobiliser » déclare-t-il. Au cœur des revendications : la hausse importante des primes de responsabilité civile professionnelle pour les médecins libéraux depuis la mise en application de la loi Kouchner du 4 mars 2002 : « Elles ont doublé en trois ans alors que le nombre de réclamations de patients n’a pourtant pas progressé » explique le Docteur Muzard, anesthésiste lui aussi en grève. Autre source de mécontentement des grévistes : l’absence de revalorisation de leurs honoraires.
Pas question pour autant de prendre en otages ses patients : « Cette grève était prévue depuis six mois, ça nous a laissé le temps de nous organiser. Depuis deux mois, j’ai effectué 5 opérations de plus par semaine pour ne pas pénaliser mes malades » indique le Docteur Breil. Les interventions les moins urgentes ont été différées en septembre. « J’assure aussi les consultations post-opératoires et je reste disponible pour les urgences » ajoute-t-il. Au final, selon lui la grève ne devrait pas avoir beaucoup d’incidences sur les patients parisiens « qui sont généralement peu nombreux à passer au bloc l’été ». Se frottant les mains devant la forte mobilisation de ses confrères, le chirurgien espère qu’elle forcera le ministère à se saisir de leurs revendications. « De toute façon, cette grève n’est pas faite pour durer. Il faut trouver une solution avant la rentrée » déclare-t-il. En attendant, il compte mettre à profit son temps libre pour avancer ses comptes-rendus opératoires.

Delphine Bancaud