Géoportail : "Même notre page d'excuses n'est pas toujours accessible"

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Depuis son lancement, vendredi, le site www.geoportail.fr a connu un succès multi-chiffres : 5 millions de demandes de connexion par jour, avec des pointes à 600 demandes par seconde, jusqu’à la saturation des serveurs.
Le point sur la situation avec Patrick Leboeuf, chef de projet du Géoportail de l’IGN.

Quelles étaient vos prévisions de fréquentation pour le lancement du géoportail ?

Avant le lancement, nous avions réévalué à la hausse nos prévisions de fréquentation, notamment en constatant l’immense succès du site de l’Institut national de l’audiovisuel. Nous nous étions d’ailleurs mis en rapport avec l’INA pour savoir comment faire face à la demande et anticiper la fréquentation. Nous estimions notre fréquentation à un million de visiteurs par jour en vitesse de croisière. Mais au moment du lancement il y en a eu 5 millions…Il est difficile de multiplier par 5 les capacités des serveurs… d’où la saturation.

Comment allez-vous faire face à la demande ?

Tout le week-end, avec notre prestataire, nous nous sommes mobilisés pour tenter de trouver une solution rapide. On essaye de couvrir la demande, qui va certainement passer par un accès régulé au site. Nous envisageons différents scénarios et prendrons notre décision lundi, pour une mise en place en milieu de semaine prochaine. Si la fréquentation reste au même niveau, nous allons a minima proposer des heures de fréquentation, de manière transitoire. L’internaute pourra choisir un créneau horaire pour visiter le site. On est dans la logique d’un grand musée face à l’affluence des visiteurs.

Pour l’instant, le service est national. Peut-il devenir européen ?

Les différents pays européens vont développer des géoportails, dans le cadre de la directive INSPIR. Nous sommes en contact avec les différents organismes, même si chaque pays est libre dans la conception de son géoportail.

A terme, vous parlez d’enrichissement avec des données culturelles. Quels types d’informations pourra-t-on trouver ?

Nous avons des contacts avec la BNF et l’INA, par exemple. Ainsi, en visualisant un lieu, une entrée culture permettra par exemple d’avoir un accès à un roman dont l’action se situe à proximité, une carte ancienne, une gravure, une vidéo historique.

A l’automne, vous passez en 3D, ne craignez vous pas un engouement encore plus massif et une nouvelle saturation du site ?

La 3D sera prête techniquement à l’automne. Pour l’ouverture et la mise en ligne, nous verrons quand nous pourrons la lancer… et répondre à la demande.

On a comparé le géoportail à Google Earth… Qu’avez-vous envie de dire à Google aujourd’hui ?

Rien de particulier car nos motivations et nos finalités sont différentes. Ce que fait Google, il le fait très bien. Nous, nous offrons une porte d’entrée unique pour décrire tout ce qui existe sur n’importe quelle portion du territoire national. Et notre information est « qualifiée ». On sait qui l’a produite, de quand elle date, le rythme de mise à jour… ce qui n’existe pas sur Google, sans doute parce qu’une bonne partie des internautes qui y naviguent ne s’en préoccupent pas. Et nous offrons la même précision au cœur du massif central que dans les grandes agglomérations. Notre traitement est égalitaire, ce n’est pas un patchwork de données. Sur google Earth, les dix millions de Franciliens s’y retrouvent. Mais s’ils veulent jeter un œil sur leur maison de campagne en Auvergne, ils sont un peu frustrés…

Un dernier commentaire ?

J’aimerais présenter encore nos excuses aux internautes. On reçoit de nombreux mails et on comprend parfaitement leur frustration, d’autant que même notre page d’excuses n’était pas toujours accessible. Qu’ils sachent que nous en prenons toute la mesure et que nous allons mettre en place des mesures correctives pour satisfaire leur demande.
En attendant, ils peuvent aller sur le site des pages jaunes, qui, depuis mai et grâce à notre partenariat, propose les photographies de l’IGN sur le territoire français... Et admirer leur quartier et leur maison vue du ciel !

Propos recueillis par Anne Kerloc’h