Sogerma : Les réactions du jour

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Le Premier ministre Dominique de Villepin a assuré mardi sur France 2 qu'il veut "aller plus loin" que ce qui est envisagé pour sauver des emplois de la Sogerma.
Le Premier ministre Dominique de Villepin a assuré mardi sur France 2 qu'il veut "aller plus loin" que ce qui est envisagé pour sauver des emplois de la Sogerma. — Michel Gangne AFP/Pool

Interrogé sur la demande de Dominique de Villepin mardi de conserver plus de 300 emplois sur le site Sogerma de Mérignac, Noël Forgeard, co-président d'EADS, a déclaré : "Je lui réponds que cela sera difficile, on va tout tenter pour faire le maximum". "On va tout tenter pour conforter 300 emplois sur le site aéronautique, c'est la mesure d'apaisement que notre conseil d'administration, sur ma recommandation et avec le plein soutien de l'ensemble du conseil notamment du représentant de l'Etat français a prise hier", a-t-il ajouté. Rappelant les pertes de la Sogerma, il a indiqué que "ça ne peut pas continuer".
A propos du reste des 1.100 salariés concernés par la fermeture du site de Mérignac, il a affirmé qu'il n'y avait "aucun problème, ils seront tous reclassés s'ils le souhaitent car les 3.000 emplois que le groupe crée en France cette année leur seront proposés en priorité". "Personne ne sera licencié" a-t-il assuré. Les emplois proposés seront "à Toulouse (siège d'Airbus), à Marignane (siège d'Eurocopter), avec des aides exceptionnelles au déménagement. Tous ceux qui voudront faire un effort réel de formation, de flexibilité auront un emploi dans le groupe EADS", a-t-il affirmé.

Le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, estime que le gouvernement a "une grande responsabilité" dans la fermeture "inacceptable" du site de la Sogerma dans une lettre de soutien adressée aux syndicats d'EADS. "Une nouvelle fois éclate au grand jour le déficit d'une réelle politique industrielle pour notre pays", poursuit-il, tout en estimant que "les possibilités de maintien des activités de l'entreprise existent" et que "les propositions des syndicats doivent être entendues".
Il adresse enfin aux organisations syndicales de la Sogerma et d'EADS "le soutien de la CGT": "votre mobilisation unitaire est indispensable, la CGT est avec vous".

Le secrétaire général de la CFDT François Chérèque a accusé l'Etat "actionnaire et client d'EADS" d'avoir "organisé la délocalisation" des activités de la Sogerma. "Le Premier ministre nous ment", a affirmé François Chérèque sur Europe 1 : "L'Etat fait comme s'il découvrait le problème. A quoi sert-il d'avoir 15% des actions d'EADS, pour faire comme si on n'était pas au courant ? Vous connaissez beaucoup d'entreprises, vous, qui suppriment 1.050 emplois sans prévenir un de leurs actionnaires principaux ?", a-t-il poursuivi. En outre, "l'Etat est client d'EADS, de la Sogerma", a rappelé M. Chérèque: "pourquoi le gouvernement français a-t-il décidé de faire la maintenance de ses avions militaires au Portugal ?". "Monsieur de Villepin nous fait, depuis des mois, des leçons sur les délocalisations : là, l'Etat vient d'organiser une délocalisation réelle, qui supprime un millier d'emplois. Et maintenant, l'Etat va devoir investir dans la réindustrialisation du site, et cela va coûter au final plus cher que cette délocalisation. Le Premier ministre a oublié de présenter les responsabilités qui sont les siennes directement, sur la situation de l'entreprise", a-t-il conclu.

Jack Lang, secrétaire national au développement du PS, a estimé qu’il trouverait "normal que le Premier ministre prenne des mesures d'incitations claires et nettes. Or, nous avons assisté hier à un exemple parfait de politique spectacle, un déplacement du Premier ministre, quelques vagues annonces sur de vagues investissements industriels, mais rien de concret, rien de précis concernant le site proprement dit". Il a estimé qu'il y avait "quelque chose d'assez provocateur et d'assez scandaleux dans l'attitude de M. de Villepin".

François Hollande, premier secrétaire du Parti socialiste, a estimé que Dominique de Villepin devait "donner une solution". "Il faut que l'Etat s'en mêle, mais il ne faut pas qu'il s'en mêle pour une stratégie de communication du Premier ministre. M. de Villepin veut sauver l'entreprise, tant mieux. Je souhaite qu'il intervienne de tout son poids, parce que l'Etat est le 1er actionnaire avec 15%, il a donc une influence réelle. En revanche, si Dominique de Villepin, dans sa stratégie de survie, vient à Mérignac faire des promesses qui ensuite ne sont pas honorées, alors ça, ça serait inacceptable. Il faut que Dominique de Villepin ne fasse pas simplement le déplacement de Mérignac, comme on faisait son voyage, il faut qu'il soit capable maintenant de donner une solution industrielle et sociale au site de Mérignac", a-t-il déclaré sur Canal +.
Il a estimé que c'est "sans doute" la volonté du Premier ministre de faire oublier l'affaire Clearstream grâce à la Sogerma. "Mais en même temps, EADS ramène Dominique de Villepin vers Clearstream".

Le président du Mouvement pour la France, Philippe de Villiers, a préconisé l'application d'une logique de "patriotisme" pour préserver l'avenir de la Sogerma : La "logique des intérêts nationaux et humains visant à protéger l'outil de travail national, les salariés français et les champions nationaux prime sur toutes les autres. Les gouvernants doivent entrer dans cette logique plutôt que d'administrer à la France un protocole compassionnel avec distribution de morphine pour les entreprises".
Le président du MPF a dénoncé le "show de communication" de Dominique de Villepin mardi lors de sa visite sur le site de la Sogerma, motivée essentiellement selon lui par "la volonté de reprendre la main au sein de l'équipe gouvernementale".