L'après-Sharon

© 2006 AFP

— 

La défense de Jean Castela et Vincent Andriuzzi, commanditaires présumés de l'assassinat du préfet Erignac jugés en appel à Paris, a demandé lundi la saisine de l'IGPN à propos des méthodes de la police antiterroriste en Corse, après la parution du livre "Place Beauvau".

Le choc provoqué par le livre "Place Beauvau : la face cachée de la police" (Robert Laffont) s'est ressenti jusque dans les débats de la cour d'assises spéciale de Paris.

L'ouvrage relate des actes de torture que des membres de la police antiterroriste auraient commis contre des suspects dans l'enquête sur les attentats islamistes de 1995 à Paris (huit morts et près de deux cents blessés). L'Inspection générale de la police nationale (IGPN) a été saisie.

Mais c'est un autre épisode qui a retenu l'attention des défenseurs de MM. Castela et Andriuzzi. Il raconte comment des policiers de la 6e division de la direction centrale de la police judiciaire (ancêtre de la Division nationale antiterroriste, DNAT) auraient caché en 1998 des explosifs chez un agriculteur, Mathieu Filidori, un temps suspect dans l'assassinat du préfet Erignac.

Avocat de Jean Castela, Me Eric Dupont-Moretti a communiqué à la cour des copies d'articles consacrés à l'ouvrage. Il a informé les magistrats de sa demande adressée à Claude Guéant, directeur de cabinet du ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, afin "d'étendre la saisine de l'IGPN au volet corse".

Andriuzzi et Castela ont été condamnés en juillet 2003 à trente ans de réclusion, notamment pour avoir participé à la décision de tuer le préfet et à la rédaction des communiqués de revendication. Les deux hommes clament leur innocence.

Leurs défenseurs, depuis le début du procès en appel, n'ont eu de cesse de dénoncer la manière dont l'enquête a été conduite par la DNAT.

Un procès-verbal, qui comporte un renseignement anonyme accusateur contre Jean Castela, a été daté du 20 août 1998 alors qu'il évoque un acte de procédure du 4 octobre suivant. La défense a crié au "faux" grossier. Le président de la cour Jean-Pierre Getti a parlé de "PV problématique" et de "légèretés" procédurales.

Me Dupont-Moretti a souhaité donc que l'IGPN enquête "sur les conditions dans lesquelles a été élaboré le procès-verbal du 20 août 1998".

L'avocat a demandé en outre que les épouses des deux accusés soient entendues par l'IGPN sur les conditions de leur garde à vue. Rose-Marie Andriuzzi a raconté à la cour, le 6 février, comment les policiers de la DNAT "voulait (l')obliger à dire des mensonges" sur son mari.

Vincent Andriuzzi est soupçonné de liens avec le FLNC après la découverte sur son disque dur d'ordinateur d'un document relatif à l'organisation du mouvement terroriste corse. L'accusé assure que c'est "une autre main que la (sienne)" qui a placé ce document dans son ordinateur.

"Quand on met des explosifs chez des agriculteurs, je m'interroge sur la possibilité de mettre un texte dans l'ordinateur de Vincent Andriuzzi", a commenté lundi son avocat, Me Patrick Maisonneuve.

"Nous voulons que l'occasion soit offerte d'étudier les méthodes de la DNAT", a déclaré à la presse Me Dupont-Moretti. Le président Getti lui-même s'est interrogé pendant l'audience sur "l'orientation" et "la validité" de l'enquête Erignac.