Lost : Les raisons d’un succès

TELEVISION La série entame sa sixième saison le 5 mai sur TF1. Elle a connu un succès phénoménal en France comme aux Etats-Unis. Décryptage.

Charlotte Pudlowski

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Sawyer et Juliet dans le premier épisode de la saison 5 de «Lost».
Sawyer et Juliet dans le premier épisode de la saison 5 de «Lost». — ABC

Un peu de Robinson Crusoé, de l’île au Trésor, de Sa majesté des Mouches. Lost est l’histoire d’un avion qui s’écrase quelque part entre Sydney et Los Angeles sur une île effrayante, et de ses 48 rescapés. Emmy Award de la meilleure série dramatique en 2005 et Golden Globe en 2006, Lost est un succès mondial.

La série d’aventure fantastique

Et pour cause, «c’est le grand retour de la série d’aventure, et pas cheap, c’est la belle, grande série avec beaucoup de moyens», explique Vincent Colonna, auteur de l’Art des séries télé. L’île déserte, c’était le signe annonciateur d’un exotisme que la télévision n’avait pas offert depuis longtemps.

Les réalisateurs, JJ Abrams et Damon Lindelof, auteurs d’Alias et de Preuve à l’appui, ont choisi le mélange des genres. «Non seulement c’est une série d’aventures, mais c’est aussi fantastique. Et qui utilise plein de sortes de fantastiques, le technologique, le scientifique, le paranormal…» Toute une série de mystères est créée, dont les téléspectateurs cherchent les solutions. Avec une telle richesse des genres, ils ne peuvent qu’y trouver leur compte.

Les personnages

Dans les séries, trouver son compte, cela veut aussi dire s’identifier, ou au moins s’attacher aux personnages, et certains se sont révélés, dont probablement personne n’aurait cru qu’ils auraient une telle importance. C’est le cas d’Hurley (Jorge Garcia) corpulence impressionnante, et qui prend peu à peu une valeur proportionnelle. Les repères des séries plus classiques, avec la fille sexy et le beau mec sont là aussi. Ils ne sont pas interchangeables, et ils crèvent l’écran.

Voir le passé, prédire l’avenir

La richesse vient aussi du processus de narration. «C’est un coup de génie, ces histoires familiales que transportent avec eux les héros, et qui arrivent par flash back.» L’expert en séries explique que cela démultiplie les histoires, un «dangereux pari qui n’était pas du tout joué. Normalement en télévision, c’est comme au théâtre, l’histoire que vous regardez se passe au moment où vous la regardez, on ne fait pas d’écart temporel» selon Colonna. Mais Lost tient le pari et joue ce qui se passe au moment où le téléspectateur regarde et ce qui s’est passé dans les vies des personnages avant l’accident. Avec des surprises, comme pour le personnage de Kate, délinquante avant d’être rescapée, et si douce sur l’île…

Et bientôt la série ajoute des anticipations, des «flash-forward», greffant un troisième niveau: celui du futur. Elle risque de perdre les spectateurs. «Ca devient vraiment complexe. Pourquoi je regarde si je sais que tel personnage est mécontent d’être sorti de l’île?, s’interroge Colonna. Les scénaristes se sont un peu pris dans leur métaphysique temporelle, et ont un peu perdu pied.»

Marketing

Alors même quà la fin de la saison 3, le scénario s’essoufle, les spectateurs se lassent. La grève des scénaristes de 2007 vient perturber l’écriture de la suite. La quatrième saison est raccourcie à 16 épisodes au lieu de 25 pour la première, la 5ème n’en a que 17. Mais Lost rebondit.

Voilà qu'en janvier 2007 la fin de la série est annoncée. Les saisons ne se multiplieront pas sans cesse. Il y aura une fin et elle devra tout résoudre.

Machine à Exégèse

Les questions auxquelles la série doit répondre sont nombreuses. Et c’est le sel final au succès de la série. «Jamais une série n’a posé autant de questions, suscité autant de débat entre ses fans, sur les forums, sur internet…» Des livres ont été écrits sur Lost, des cours donnés dans les universités. C’est un nouveau genre de communauté qui se fédère derrière ce feuilleton.

Les niveaux de lecture sont innombrables, que vous ayez une culture télé, ou littéraire philosophique… Des séries de chiffres (maléfiques?)  inexpliquées, le monstre de l’île, un personnage qui ne vieillit pas, une statue avec un seul pied… «C’est comme la Bible, une fois que vous commencez les interprétations, c’est infini. C’est une machine qui fonctionne sans les créateurs ensuite, comme l’Odyssée, comme les œuvres de Joyce…» Une machine à exégèse.

La sixième saison commence le 5 mai sur TF1. Mais elle est déjà entamée aux Etats-Unis, où les téléspectateurs attendent avidement le 23 mai, date du dernière épisode, pour avoir toutes les clés.