Les web-documentaires en recherche de modèle économique

Capucine Cousin

— 

Un des treize établissements de la « Prison Valley» dans le Colorado.
Un des treize établissements de la « Prison Valley» dans le Colorado. — P. BRAULT / ARTE

Fini de jouer. Si les premiers projets de web-documentaires, ces docus d’un nouveau genre qui mêlent vidéos, sons et écrits, sont apparus sur la Toile dès 2008 (avec notamment Le corps incarcéré), tous comme les premiers primés (au festival Visa pour l’image de Perpignan, en septembre dernier), les premières superproductions débarquent cette année.

Jeudi dernier, Arte et la société de production Upian dévoilaient Prison Valley , qui se déroule dans une ville-pénitencier du Colorado. Comme dans tout web-docu, l’internaute peut accéder à une mine d’infos complémentaires: données statistiques sur l’incarcération, cartes, photos, diaporamas… Un récit journalistique d’un nouveau genre, qui a nécessité un budget de… 220.000 euros.

Sources de financements

En clair, ces docus interactifs – bien que diffusés sur Internet - ne sont pas forcément bon marché. Loin de là. D’où la question qui tue: où trouver l’argent? Dans le cas de Prison Valley, «70.000 euros venaient d’Arte.tv, 90.000 euros du CNC (Centre national du cinéma), et 60.000 euros d’Upian», résume Alexandre Brachet, fondateur d’Upian, une petite boîte de web-design qui s’est lancée dans la production de web-docus. Même si le budget est variable: un web-docu produit, puis diffusé sur LeMonde.fr «coûte en moyenne 60.000 euros», estime Boris Razon, rédacteur en chef du Monde.fr, qui s’est doté d’une cellule pour plancher sur ces nouveaux formats journalistiques.

La pub? On pourrait imaginer une vidéo publicitaire avant le web-doc. Mais «l’audience des web-docs est insuffisante pour intéresser les annonceurs», tranche Alexandre Brachet. Tout juste pourront-ils insérer quelques bannières sur le site du diffuseur.

Subventions du CNC

En clair, comme pour les docus télé, le producteur (voire le journaliste) doit trouver son financement dès le début. Qu’il trouvera auprès du diffuseur, mais aussi auprès du CNC, qui subventionne les web-docus au même titre que les documentaires classiques. Depuis 2007, il s’est investi ainsi dans près de 40 projets, avec des subventions qui peuvent grimper jusque 100.000 euros en production.

«On prend en compte des critères tels que l’intérêt du sujet, et l’aspect interactif du docu. Mais aussi, il faut qu’il y ait un diffuseur déjà engagé, qui partagera les frais de production», explique Guillaume Blancheau, directeur du multimédia au CNC.

Un autre modèle économique s’esquisse: coupler la diffusion du web-docu avec celle d’un reportage télé, complémentaire. Une option retenue pour Prison Valley, diffusée sur le web depuis jeudi dernier, et sur Arte le 12 juin. «Le docu télé a été vendu à l’international à quelques chaînes, comme TSR, ce qui permet de rentabiliser l’ensemble du projet. Mais le web-doc ne doit pas devenir le simple complément du reportage télé», précise Alexandre Brachet. Le web-docu de Canal+, sorti en mars, est lui aussi en formats télé et web.