Tempête Xynthia: «Une partie de l'âme de notre famille s'en va»

TEMOIGNAGE Marie Ouvrard a 30 ans. Elle a appris ce jeudi matin que la résidence secondaire de sa famille, à l'Aiguillon-sur-Mer, fait partie des 241 logements de la commune qui vont être détruits...

Propos recueillis par Enora Ollivier

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Vue aérienne de L'Aiguillon-sur-Mer, le 1er mars 2010, après le passage de la tempête Xynthia.
Vue aérienne de L'Aiguillon-sur-Mer, le 1er mars 2010, après le passage de la tempête Xynthia. — R. DUVIGNAU/REUTERS

«On se doutait que la maison serait détruite mais on gardait un peu espoir. D’autant que pendant la tempête, il n’y a eu aucun dégât dans notre logement. C’est une partie de l’âme de notre famille qui s’en va. Mon grand-père, qui a 91 ans aujourd’hui, a acheté cette maison il y a 50 ans. Tous nos meilleurs souvenirs familiaux y sont liés. C’est une résidence secondaire mais on s’y réunissait tous les week-ends, dès qu’il commençait à faire beau. J’habite dans le bocage vendéen, à une heure seulement de l’Aiguillon-sur-Mer, c’était facile pour moi de m’y rendre.

C’est une toute petite maison, d’environ 20m2, mais elle a une valeur sentimentale très forte. Alors les indemnisations que nous pourrons recevoir, on s’en fout royalement. On aurait 200 fois préféré garder la maison.

J’ai plutôt mal vécu l’annonce des destructions, ce matin. J’ai trouvé que c’était grossier de la part des autorités d’annoncer aux gens qu’ils vont tout perdre, comme ça, au milieu d’une assemblée. Ca ne se fait pas. Nous aurions au moins dû recevoir un courrier individuel.

Nous étions massés dans la salle omnisport de l’Aiguillon, il n’y avait même pas assez de places assises pour tout le monde. Des personnes ont fait des malaises. Avant de donner la liste des logements détruits, il y a eu des discours pendant presque une heure, ce n’est pas ce que les gens attendaient. Il y a eu beaucoup d’incompréhension dans l’assemblée.

Les décisions de destruction ont été prises par des personnes qui n’ont pas été sur le terrain. Il n’y a pas eu une goutte d’eau dans notre maison et pourtant elle va être rasée! Prendre de telles décisions sur des suppositions de type "il y aurait pu y avoir des dégâts", c’est absurde.

Nous ne savons pas précisément quand nous allons être expulsés mais on ne passera pas l’été. Maintenant, il faut que nous prenions rendez-vous avec la mairie pour avoir un entretien individuel. On en saura plus à ce moment-là.»