Raphaël Suire: «Les pirates ne sont pas radins»

INTERVIEW Le co-auteur d'une étude sur les conséquences de la loi Hadopi, décrit les différents profils de pirates...

Propos recueillis par Laure Beaudonnet

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Téléchargement illégal P2P sur un écran d'ordinateur.
Téléchargement illégal P2P sur un écran d'ordinateur. — A. WILLIAM / SIPA

La loi Hadopi est-elle efficace? C’est la question que s’est posé Raphaël Suire, maître de conférence en sciences économiques à l'Université de Rennes 1, dans son étude Une première évaluation des effets de la loi Hadopi sur les pratiques des internautes français.

Dans votre étude, vous parlez de 3% d'augmentation du nombre de pirates. Qui sont ces nouveaux pirates et quel est leur comportement?

Nous avons enquêté sur les pratiques illégales de téléchargement en discriminant les pirates surveillés par la loi Hadopi et ceux qui passent entre les mailles du filet. Les pirates dits «Hadopi» sont ceux qui utilisent le peer-to-peer (ou P2P) et le bitTorrent. Ceux qui ne sont pas pris en compte par la loi favorisent le streaming (visionnage sans téléchargement) ou les newsgroups (communautés d'internautes). Si certains ont déclaré avoir arrêté le P2P depuis Hadopi, on observe une hausse de l’utilisation du streaming. Et si on fait la somme des pratiques illégales, on obtient une augmentation de 3%.


Quel est le profil du pirate pratiquant le streaming par rapport au «pirate Hadopi»?

Les pirates sont jeunes en général. Mais le «streamer» l’est particulièrement. Il a entre 15 et  24 ans. D'une part les sites de streaming proposent un contenu «jeune» avec toutes les séries en vogue Outre-atlantique. D'autre part, les adolescents sont plus à l'aise avec l'outil Internet que les générations d'au-dessus. Ils se font tourner les bons plans pour ne pas se faire repérer sur la toile. Ils ont un réseau social plus étendu, les informations vont vite. De son côté, le pirate «Hadopi» approche de la trentaine, parfois plus. Il découvre le téléchargement illégal et se sert de programmes comme emule.


Comment la loi Hadopi peut-elle contourner cet effet pervers?

Savoir comment devrait procéder Hadopi n'est pas mon problème. Mais le plus troublant dans ces résultats c'est que les pirates consomment aussi de la culture payante. Ils découvrent un artiste par le biais de l'offre légale et, ensuite, ils veulent approfondir leurs connaissances. Mais, l'offre payante n'est pas assez compétitive, alors ils passent par le chemin délictueux. Supprimer la connexion Internet les empêche aussi d'acheter des œuvres culturelles. C'est l'effet pervers le plus troublant de cette loi. Contrairement au préjugé, le pirate est loin d'être radin!