Violences, pillages, épidémies: les fléaux qui guettent Haïti

DRAME Après l’horreur des premiers jours, de nouveaux dangers sont apparus sur l’île meurtrie par le séisme...

Marion Lippmann

— 

Trois jours après le séisme, la population haïtienne s'organise malgré le chaos qui régne dans la capitale Port-au-Prince.
Trois jours après le séisme, la population haïtienne s'organise malgré le chaos qui régne dans la capitale Port-au-Prince. — REUTERS

Malgré les moyens humanitaires colossaux mis en place par la communauté internationale, la situation en Haïti est toujours chaotique. Les jours passent, et de nouveaux fléaux apparaissent.

Les épidémies
«Je m'inquiète de l'éclatement d'une épidémie.» Le président haïtien René Préval s’alarmait dès mercredi de la situation sanitaire dans son pays. Avec les milliers de corps qui jonchent les rues de Port-au-Prince, les innombrables blessés qui  attendent d’être pris en charge, les pénuries d’eau, de nourriture, de matériel médical, de médecins et d’infrastructures, la propagation des maladies risquent en effet de prendre une tournure dramatique.

Les cadavres ne sont pas la cause majeure d'épidémie, car «ils ne transmettent pas de maladies», assure le Dr Birigitte Vasset (MSF). «Ce sont les regroupements de population», affirme-t-elle. Selon les experts, pour éviter les épidémies, la fourniture d’eau saine et la mise en place de latrines par les ONG sont des priorités.  

Les maladies transmises par l'eau souillée, particulièrement les diarrhées, sont en effet les plus mortelles. La rougeole inquiète aussi le milieu médical. «Si les gamins ne sont pas vaccinés, il y a un risque d'épidémie», indique Brigitte Vasset.

Par ailleurs, près de 1,5 million d’haïtiens sont sans abris depuis le séisme, ce qui risque «d'amplifier les problèmes de santé», prévient Paul Garwood, car le froid  est propice aux pneumonies et la privation de nourriture augmente le risque d‚infections.

Violences et pillages
La violence, les pillages et les crimes se multiplient à Port-au-Prince. Tantôt actes de désespoir, tantôt règlements de compte, la violence mène une vie dure aux haïtiens. Vendredi, le principal entrepôt du Programme alimentaire mondial de la capitale a fait l'objet d’une tentative de pillage. Les maisons et les magasins sont également attaqués, et certains commerçants préfèrent fermer leurs portes.

Effrayants, des coups de feu rythment la journée des haïtiens, et les gangs armés se multiplient. «Des hommes armés de machettes font irruption pour voler l'argent», témoigne Evelyne Buino, une jeune esthéticienne. Par ailleurs, 6.000 détenus se sont évadés des prisons et arpentent librement les rues du pays.

Mais, comme le soulignent les médias, ces pillages sont en grande partie perpétrés par des personnes désemparées.

La menace d’une dérive vers l’anarchie
Les violences en Haïti sont d'autant plus préoccupantes que le pouvoir et l'autorité sont quasi-inexistants depuis le séisme. Le siège du gouvernement a été transféré dans un commissariat de police. «Il n'y a plus de police, les gens font ce qu'ils veulent», déplore Léon Melesté, un religieux adventiste.

Du coup, le maintien de l'ordre repose majoritairement sur la force de l'ONU. Les troupes américaines (10.000 hommes opérationnels depuis ce lundi 18 janvier) pourraient bientôt s’y associer.

Des exodes meurtriers
L’administration Obama redoute que les haïtiens, pour fuir le chaos, embarquent massivement sur des navires de fortune pour rejoindre les Etats-Unis, d'où ils seraient expulsés, ont prévenu les autorités américaines. Ils sont déjà chaque année des centaines à tenter leur chance sur de telles embarcations surchargées, qui parcourent près de 1.000 kilomètres, et souvent au péril de leur vie.

Le séisme pourrait amplifier le mouvement. «Du fait de cette situation, il y a un risque majeur d'une crise d'immigration en provenance d'Haïti», explique Marilyn Fajardo, porte-parole des garde-côtes à Miami.