M. Hulot arrête de fumer

POLEMIQUE Métrobus, régie publicitaire de la RATP, a fait disparaître la pipe de M. Hulot des affiches de l’exposition Jacques Tati, par crainte de la loi Evin...

A.P.-V.

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Sur l'affiche annonçant la rétrospective Jacques Tati, M. Hulot avait égaré sa pipe à la mi-avril 2009.
Sur l'affiche annonçant la rétrospective Jacques Tati, M. Hulot avait égaré sa pipe à la mi-avril 2009. — 20minutes.fr

Surprise, jeudi, sur les murs du métro. Sur les 2.000 affiches où devait figurer l’emblématique héros de Jacques Tati, M. Hulot, sa sempiternelle pipe à la bouche, l’accessoire a été remplacé par un moulin à vent… C’est un peu comme si Serge Gainsbourg était représenté buvant du Coca light et mâchant du chewing-gum. «Notre service juridique a estimé que l’affiche était contraire à la loi (Evin), justifie Métrobus, la régie publicitaire de la RATP, interrogée par Le Parisien. Nous avons déjà fait modifier plusieurs campagnes de ce type, quand une boisson alcoolisée était mise en avant. Pourquoi ferait-on autrement lorsqu’il s’agit de tabac?»

L’affiche, une photo extraite d’un film de Jacques Tati, annonce l’exposition que lui consacre la Cinémathèque française. Interrogé par 20minutes.fr, Charles-Antoine Joly, avocat spécialisé dans les questions de propriété intellectuelle, considère que «le droit des auteurs et spécialement le droit moral, protègent les œuvres de toute reproduction et interdisent toute altération sauf accord consenti de l’auteur. Le droit moral existe, même s’il est atténué, quand il s’agit des descendants. Il n’y a aucune légitimité à altérer une œuvre, même en invoquant une disposition d’ordre public.»

Dommages et intérêts possibles

Les ayants-droits de l’œuvre de Jacques Tati, «Les films de mon oncle», contactés par 20minutes.fr, sont «un peu surpris» de l’ampleur prise par l’affaire, et ne semblent pas disposer à vouloir protester contre la modification. Selon Charles-Antoine Joly, ils pourraient pourtant prétendre à des dommages et intérêts, voire à une mesure d’interdiction de l’œuvre ainsi représentée.

Ce n’est pas la première fois qu’un tel cas de figure se présente. En 1996, un timbre représentant l’écrivain André Malraux et sa cigarette avaient été retouchés par la Poste. En 2005, rappelle Le Parisien, c’est au philosophe Jean-Paul Sartre qu’avait été enlevé un mégot, lors d’une exposition à la Bibliothèque nationale de France.

En fait, M. Hulot ne fume pas vraiment

Du coup, le débat sur l’application bête et méchante de la loi Evin ressurgit. Même les associations de lutte contre le tabagisme jugent la mesure de Métrobus exagérée… Le Comité national contre le tabagisme (CNCT) est officiellement chargé de saisir la justice en cas d’infraction: «Nous considérons qu’il n’y a pas faute par rapport à la loi Evin. Il y a promotion d’un événement culturel, pas du fait de fumer. Ce n’est pas parce que vous voyez M. Hulot sur son solex, avec son chapeau et sa pipe que vous allez avoir envie de fumer», explique Yves Martinet, président du CNCT, à 20minutes.fr.

L’association proteste plutôt contre la publicité déguisée dans le cinéma, tel ce contrat touché par Sylvester Stallone pour promouvoir une marque de cigarette dans trois films. Le cinéaste Costa-Gavras, président de la cinémathèque française, confirme l’absurdité de la démarche au Parisien : M. Hulot, interprété par Jacques Tati, n’allume sa pipe dans aucun film…