Dans un rapport secret, le CICR évoque la «torture» dans les prisons de la CIA

MALTRAITANCE Un journaliste américain a eu accès à un document confidentiel du Comité international de la Croix Rouge (CICR) sur les techniques d'interrogatoires utilisées par la CIA à Guantanamo et dans ses «sites noirs» basés dans huit pays du monde...

Avec agence

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Les Etats-Unis doivent juger rapidement tous les prisonniers qu'ils détiennent sur la base de Guantanamo ou "les libérer immédiatement", selon un rapport rendu public jeudi par l'ONU, qui accuse Washington de maltraiter ces détenus.
Les Etats-Unis doivent juger rapidement tous les prisonniers qu'ils détiennent sur la base de Guantanamo ou "les libérer immédiatement", selon un rapport rendu public jeudi par l'ONU, qui accuse Washington de maltraiter ces détenus. — Shane T. McCoy AFP/Archives

Dans ce document exceptionnel, l’organisation conclut que le traitement infligé aux personnes soupçonnées de terrorisme dans les prisons secrètes de la CIA «constitue une torture». Ce que subissent les personnes détenues dans des prisons secrètes de la CIA est «cruel, inhumain et dégradant» et interdit par les conventions de Genève, note le Comité.

Dans son édition datée du 9 avril et publiée ce dimanche, la «New York Review of Books» publie un article de Mark Danner, qui a eu accès à ce rapport rédigé en 2007 et dont il n'existe que sept copies.

«J’avais un collier autour du cou qui leur servait à me projeter contre les murs»

Les responsables du CICR ont pu rencontrer 14 détenus de la CIA, dont Abu Zubaida, l'un des leaders supposés d'Al Qaida, fait prisonnier en 2002. Ils les ont interrogés après leur transfert en 2006 dans le camp de Guantanamo, sur l'île de Cuba. Les prisonniers ont expliqué avoir été victimes de coups, de privation de sommeil, de températures extrêmes et, dans certains cas, des simulations de noyade (le supplice de la planche).

Les détenus ont été arrosés d'eau glacée, projetés la tête la première contre les murs, pressés par une musique assourdissante et privés de nourriture pendant plusieurs jours, obligés de rester debout pendant des heures, voire plusieurs jours, nus, les bras en l'air ou les mains attachées dans le dos, simplement vêtus d’une couche culotte.

«Tous les jours, j'avais un collier autour du cou qui leur servait à me projeter contre les murs de la salle d'interrogatoire», explique ainsi le détenu Walid ben Attash, cité dans le rapport, assurant avoir été enveloppé dans un drap en plastique et arrosé à l'eau froide.

Authentique

Les responsables du CICR n'ont pas contesté l'authenticité du rapport, mais un de ses porte-paroles, Bernard Barrett, s'est dit consterné de cette diffusion publique, selon le «Washington Post». Au contraire, dans une interview au «Post», l'auteur de l'article, Mark Danner, explique: «Il est très important que la Croix Rouge utilise les mots "tortures" et "cruel et dégradant". Car elle est le gardien des Conventions de Genève et quand elle utilise ces mots, ils ont force de loi».

Cinq copies du rapport ont été diffusées auprès de hauts responsables de la CIA et de la Maison Blanche en 2007, mais interdites de diffusion auprès du public. Le CICR est censé garder sa neutralité dans les conflits.