Otan: François Fillon veut tenir sa droite

POLITIQUE Les dissidents UMP du Palais Bourbon n'ont qu'à bien se tenir. Le Premier ministre engage la responsabilité de son gouvernement sur l'Otan le 17 mars prochain. A bon entendeur...

M.Gr. avec agence

— 

Le Premier ministre François Fillon a affirmé mardi qu'il fallait "réécrire le contrat politique, social et culturel de la France", avant de présenter une série de mesures destinées, selon lui, à "rompre avec les pesanteurs, les défaitismes et les hésitations du passé".
Le Premier ministre François Fillon a affirmé mardi qu'il fallait "réécrire le contrat politique, social et culturel de la France", avant de présenter une série de mesures destinées, selon lui, à "rompre avec les pesanteurs, les défaitismes et les hésitations du passé". — Thomas Coex AFP

François Fillon manie le bâton. Il va forcer la main à ces députés de la majorité qui sont réservés sur le retour de la France dans le commandement intégré de l’Otan. «Le Gouvernement s'inscrit dans l'esprit de la réforme constitutionnelle du 23 juillet 2008, voulue par le président de la République Nicolas Sarkozy, et du rééquilibrage des pouvoirs survenu entre le Parlement et l'exécutif», a estimé Bernard Accoyer. Le président de l’Assemblée a anticipé les pleurnicheries de son camp.

Le Premier ministre jouera donc sa fonction le 17 mars, avec des risques mesurés et raisonnables, pour éviter une dissidence comme sur le travail du dimanche, un autre projet majeur pour Sarkozy, et qui a été vécue comme un affront par le chef de l’Etat.

Les souverainistes dans l’arène

Ce vendredi, les souverainistes sont immédiatement montés au front. Tel le député de l’Essonne, Nicolas Dupont-Aignan. «Le gouvernement ne voulant pas consulter les Français par référendum ni même organiser un vote simple au Parlement - de peur manifestement d'être désavoué par ses propres troupes - a décidé d'étouffer tout débat en mettant en jeu sa responsabilité», explique l’autoproclamé dernier des gaullistes de l’UMP.

Et il restera fidèle au Général, Dupont-Aignan, qui donne déjà son vote du 17 mars. Il n’hésitera pas à «mettre en cause la responsabilité du gouvernement sur cette réintégration honteuse, ostensiblement contraire à l'intérêt supérieur du pays». Philippe de Villiers («un alignement systématique et irréfléchi sur les Etats-Unis») et Jean-Marie Le Pen («une mascarade») ont entonné leur refrain habituel, alors que les députés de la majorité les plus sceptiques, comme François Goulard, qui n’a pas donné suite à nos appels, se sont tus pour l’instant. Dommage, ce sont eux qui sont visés par cette décision.

Discréditer l’OTAN

A gauche, le Parti socialiste est aussi resté prudent, n’engageant que le très diplomate Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères, dans le débat. Dans «le Monde», il avoue son scepticisme d’une «France atlantiste»: «Si les Européens obtenaient, du fait du retour de la France, de pouvoir parler dans l'Alliance, et décider en partenariat avec Washington de l'Afghanistan, de la Géorgie, de l'Ukraine, du bouclier, du désarmement stratégique, de la Russie etc., alors oui, cela serait une alliance nouvelle, à deux piliers. Les autorités françaises ont-elles une aussi grande ambition? Croient-elles vraiment qu'elles auront plus de poids pour une telle révolution après s'être réintégrées?»

Il est encore le «temps d’en débattre», conclut Védrine. Les adversaires du gouvernement sur ce sujet vont ainsi chercher à discréditer l’Otan d’ici le 17 mars, une structure surannée depuis la fin de la guerre froide. Interrogé ce vendredi matin, Daniel Cohn-Bendit a jugé le débat sur l'Otan «ridicule». La raison? Il trouve l'organisation «dépassée». A ses yeux, le plus important est «la réforme de l'ONU et la transformation du Conseil de sécurité de l'ONU en une force civile et militaire». Une réforme qui si elle voit le jour entraînerait la «disparition de l'Otan» dans une «force d'intervention pour la sécurité mondiale».

Morin en défense

Au gouvernement, Hervé Morin est monté au créneau, avec une formule lapidaire: «Concrètement ça ne change rien, nous décidons de participer aux opérations que nous voulons, avec les moyens que nous voulons nous décidons d'équiper nos forces comme nous le voulons. Donc cessons de considérer que retourner dans le commandement intégré de l'Otan menace notre indépendance. Tout cela est faux».

C’est une évolution tout à fait logique pour le ministre de la Défense. «Nous étions dans cette contradiction incroyable où les Français participent à toutes les opérations de l'Otan depuis 1995, où nous commandons des opérations de l'Otan, où nous avons réintégré 36 comités sur 38 et où nous ne cessions de parler d'une différence qui dans les faits existait de moins en moins».