Les Tiberi de plus en plus isolés

JUSTICE La première confrontation générale était organisée mardi dans l'affaire des faux électeurs du 5e arrondissement...

Magali Gruet

— 

Le maire du Ve arrondissement Jean Tiberi s'est réjoui lundi qu'à ce jour, aucune preuve n'ait été trouvée contre lui, à la veille d'une confrontation générale entre les 11 prévenus jugés dans l'affaire des faux électeurs du Ve.
Le maire du Ve arrondissement Jean Tiberi s'est réjoui lundi qu'à ce jour, aucune preuve n'ait été trouvée contre lui, à la veille d'une confrontation générale entre les 11 prévenus jugés dans l'affaire des faux électeurs du Ve. — Martin Bureau AFP

Le clan Tiberi plie mais ne rompt pas. La 16e chambre correctionnelle du tribunal de Paris organisait hier une confrontation générale des onze prévenus dans l’affaire des faux électeurs du 5e arrondissement, qu’elle étudie jusqu’au 4 mars. Si la fraude n’est plus à prouver, compte tenu des éléments fournis durant le procès, le juge Jean-Paul Albert a eu bien du mal à obtenir des aveux de la plus fidèle lieutenant de Jean et Xavière Tiberi. Première adjointe du 5e à l’époque, Anne-Marie Affret, qui occupe toujours ce poste et défend le couple bec et ongle, a refusé de dévoiler le nom de ses donneurs d’ordres.

Cela a donné ce dialogue de sourds pendant l'audience. «Il y a des responsabilités?» lui demande le président.
_«Sûrement monsieur.»
_«Dans cette salle?»
_«On est tous là de toute façon.»
_«C’étaient des personnes au-dessus de vous?»
_«Forcément, oui.»

Ambiance. Certes Anne-Marie Affret recevait bien «des transmissions» de Xavière Tiberi sur différents sujets, mais «ce n’était pas un ordre.» «Jean Tiberi, c’était le cerveau, c’est évident, continue Anne-Marie Affret, évoquant les affaires courantes de la mairie. Les initiatives, c’est pas moi qui peut les prendre.»

Jean Tiberi n’a, lui, «jamais, jamais, jamais» eu connaissance des problèmes de faux électeurs. «Je n’ai jamais fait un faux, jamais il n’y a eu de preuve, et je m’en félicite», lance-t-il.

Le juge, pourtant connu pour sa mesure jusqu’alors, lève les bras et les yeux au ciel. «C’est une manifestation spontanée alors? Comment ça peut exister? Comment ils arrivent ces faux électeurs?» Pas de réponse.

Le chef du bureau des élections à l’époque, Olivier Favre, raconte ensuite les «radiations ciblées» dans le 5e. «On nous a dit de radier d’office les électeurs des lycées Henri IV et Louis le Grand qui n’y habitaient plus, car ils ne votaient pas pour Jean Tiberi. Ces radiations étaient justifiées. Mais c’était une faute de s’arrêter uniquement à ces adresses». Il évoquera aussi des séances de « photocopies de cartes électorales » tard le soir dans le bureau des élections.

Selon le registre du gardien, Jean et Xavière Tiberi étaient de la partie. «23 avril 1997, arrivée de Jean Tiberi à 22h, départ de Jean et Xavière Tiberi à 23h12», lit le juge. «Je ne sais pas pourquoi il écrit ça, je n’ai jamais mis les pieds dans ce bureau» répond Jean Tiberi.

Anne-Marie Affret n’a pas sa capacité à nier. Face à une énième question du juge sur la responsabilité du couple, elle craque: «Je crois que je vais m’arrêter là, c’est trop, je ne sais plus où donner de la tête. J’espère que mon avocat me défendra bien» lance t-elle dans un soupir. Elle se retourne vers lui. Il a changé de place, et s’assied désormais du côté de la partie civile, loin de la troupe des avocats du clan Tiberi. «Je n’ai jamais fait un faux, jamais il n’y a eu de preuve, et je m’en félicite», martèle Jean Tiberi.

Ingérable Xavière - «Un homme à qui mon mari a tout donné», une personne qui n'a «aucun diplôme» lançait mardi Xavière Tiberi à l’attention de Jean-Charles Bardon,maire en intérim du 5e lorsque Jean Tiberi était maire de Paris. Ce dernier a bien du mal à contenir les envolées lyriques de sa femme durant les audiences. Mardi, elle a pour la première fois pris l’initiative de parler à la presse, énervée que des prévenus discutent avec la partie civile en aparté. « Mais pourquoi elle parle, Xavière, qu’est-ce qu’elle dit?», pestait-il dans la salle des pas perdus.