Un été meurtrier dans les Alpes.

M. Gr.

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Trois skieurs hors piste sont morts emportés par des avalanches et une jeune femme qui faisait de la randonnée en raquettes a disparu sous une coulée de neige, lundi dans les Alpes, où le risque d'avalanche était de 4 sur une échelle de 5.
Trois skieurs hors piste sont morts emportés par des avalanches et une jeune femme qui faisait de la randonnée en raquettes a disparu sous une coulée de neige, lundi dans les Alpes, où le risque d'avalanche était de 4 sur une échelle de 5. — Jean-Pierre Clatot AFP/Archives

C’est le drame le plus meurtrier dans les Alpes depuis la mort de douze personnes en février 1999 à Chamonix, où une avalanche avait emporté une vingtaine de chalets. Huit alpinistes ont disparu dans une avalanche dimanche à 3 heures du matin alors qu’ils attaquaient le Mont Blanc du Tacul par sa face nord.

Ils étaient à 3 600 mètres d’altitude quand ils ont été emportés par une chute de séracs, ces blocs de glace qui se sont détachés du glacier, provoquant la rupture d’une plaque et l’avalanche sur près de 1.500 mètres de dénivelé.

Chute de sérac

«Lorsqu’un sérac de plusieurs dizaines ou plusieurs centaines de tonnes tombe, l’énergie d’impact est telle que l’avalanche part, même si le manteau neigeux est dur sur toute son épaisseur», explique Christophe Boloyan, guide de haute montagne à Chamonix.

«C’est l’avancée du glacier, c’est imprévisible, explique-t-on au peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) de Chamonix. C’est quelque chose qui peut arriver, et les alpinistes le savent.» Les secours ont rapidement compris que leurs espoirs étaient vains. «On ne tient pas plus de quinze minutes sous les décombres d’une avalanche», précise un lieutenant du PGHM.

Conditions atmosphériques parfaites et alpinistes chevronnés


Les conditions atmosphériques étaient parfaites, les huit alpinistes (quatre allemands, un guide autrichien, et trois Suisses) bien préparés. Ils avaient d’ailleurs un ARVA (appareil de recherche de victimes par avalanche) avec eux.

Certains corps ont été localisés hier grâce aux signaux de l’appareil. «Mais la zone est beaucoup trop dangereuse pour que les secouristes s’y aventurent», précise-t-on au PGHM. Si une bonne partie du Mont Blanc du Tacul est impraticable et «bouclée», le sommet a été réouvert.

113 morts dans le massif des Alpes depuis le début de l'année

Sur les premiers huit mois de l’année 2008, près de 113 personnes sont mortes sur le massif des Alpes, pour la région Rhône-Alpes (Savoie, Haute-Savoie et Isère sont concernés). En 2005, 145 montagnards avaient péri sur l’ensemble de l’année, contre 152 en 2006 et 105 en 2007. «Ce sont principalement des randonneurs, perdus, mal préparés ou victimes de chutes, plutôt que des alpinistes de haute montagne» explique-t-on au PGHM.

Des bilans très lourds en Italie et en Suisse


L’imprudence et le manque d’expérience sont encore les premières causes de décès. L’été, saison où les pratiquants sont traditionnellement les plus nombreux sur les pente, s’avère cette année particulièrement meurtrier. Pour la seule journée du 14 août, six randonneurs et alpinistes ont péri en Haute-Savoie après avoir dévissé lors de l’ascension du Mont Blanc ou trébuché sur des chemins de randonnée.

Près de 40 personnes sont mortes dans les Alpes françaises depuis le début de l’été. Côté italien, la saison a été aussi dangereuses, avec une quarantaine de décès. En Suisse, au moins 18 montagnards sont morts depuis le 18 juin.