«A part la BD porno, qu’est-ce qu’on n’a pas fait sur Sarko?»

INTERVIEW Arnaud Mercier, professeur de communication politique à l'Université de Metz.

Propos recueillis par Alice Antheaume

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Cela, Ryanair l'a aussi bien compris. La compagnie aérienne low-cost a acheté un encart dans «Le Parisien-Aujourd'hui en France». Le couple décide de porter plainte, Nicolas Sarkozy réclamant 1 euro et Carla Bruni 500.000 euros. 
Le slogan de cette pub n'a sûrement pas eu le temps de se vérifier: «Avec Ryanair, toute ma famille peut venir assister à mon mariage»....
Cela, Ryanair l'a aussi bien compris. La compagnie aérienne low-cost a acheté un encart dans «Le Parisien-Aujourd'hui en France». Le couple décide de porter plainte, Nicolas Sarkozy réclamant 1 euro et Carla Bruni 500.000 euros. Le slogan de cette pub n'a sûrement pas eu le temps de se vérifier: «Avec Ryanair, toute ma famille peut venir assister à mon mariage».... — AFP

Quel impact a la multiplication des livres sur Sarkozy/sa vie/son oeuvre? Pour tâcher de le savoir, Arnaud Mercier, professeur de communication politique à l'Université de Metz, décrypte le phénomène.

On ne compte plus les livres consacrés à Sarkozy. C’est nouveau, comme genre littéraire?
Il y a, en France, une grande tradition du portrait des hommes politiques rédigé par les journalistes. Ils recueillent des témoignages, de l’entourage ou des adversaires de l’homme en question, qui décrivent ses traits de caractère. Mais ça, c’est depuis toujours!
Ce qui est nouveau, c’est la dimension de témoignage sur la vie personnelle, cette mise en scène de la vie privée via des ouvrages consacrés aux épouses du Président. Cela a commencé avec Bernadette Chirac d’ailleurs.

Ce type de littérature sert-il l’image des politiques?
La question est: le people les sert-il? Dans un premier temps, ça les a servi, car cela répondait à une objection qu’on leur faisait: de ne pas être assez humain ou proche des gens. Mais dans un second temps, les excès de cette peoplisation les dessert. Ce qu’ils ont gagné en humanité d’un côté, ils l’ont perdu en crédibilité de l’autre. Ces excès, ce sont les récits de leurs histoires de coeur, comme lorsque Nicolas Sarkozy est mis dans une situation – pas très flatteuse – de cocu et qu’on dit que ses actions sont dirigées par ses affects plutôt que par les intérêts de l’Etat.

Lire autant sur le chef de l’Etat permet-il de construire la saga?
Ce côté saga n’est pas généralisable à tous les hommes politiques, mais c’est très vrai pour Nicolas Sarkozy, un peu aussi pour Ségolène Royal, du moins pendant sa candidature présidentielle. Mais il y a un vrai marché éditorial. Sarko fait vendre. Les unes de journaux consacrés à lui ou sa femme sont celles qui se vendent le mieux. De même, on trouve des BD caricaturales sur le chef de l’Etat, des ouvrages d’universitaires, des portraits journalistiques. A part la BD porno, qu’est-ce qu’on n’a pas fait sur Sarko?

Et que deviennent les biographes officiels dans tout cela?
Le people ne nuit pas l’exercice de la biographie officielle. Sauf qu’en général, elle est plutôt faite en fin de mandat, pour faire une sorte de bilan.