35 heures: «Le gouvernement veut satisfaire ses électeurs»

DECRYPTAGE En passant en force, le gouvernement reconquiert son socle électoral, mais prend le risque d’un rapport de forces avec les partenaires sociaux...

Valérie Zoydo

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Et si elle a assuré que ses propositions ne constituaient pas "une déclaration de guerre" à la France, elles écornent malgré tout un peu plus les ambitions françaises, en douchant les espoirs de Nicolas Sarkozy de co-présider la nouvelle organisation les deux premières années. AFP PHOTO ALAIN JOCARD
Et si elle a assuré que ses propositions ne constituaient pas "une déclaration de guerre" à la France, elles écornent malgré tout un peu plus les ambitions françaises, en douchant les espoirs de Nicolas Sarkozy de co-présider la nouvelle organisation les deux premières années. AFP PHOTO ALAIN JOCARD — Alain Jocard AFP

Difficile tour de passe-passe pour l’exécutif autour de la polémique des 35 heures. Nicolas Sarkozy et François Fillon ont essayé de se montrer rassurants ce vendredi. Le Président et son Premier ministre ont répété, l’un et l’autre, que la durée légale du travail ne changerait pas, tout en s’engageant à nouveau sur son «assouplissement». Pourtant, mardi soir, le gouvernement transmettait aux partenaires sociaux un avant-projet de loi qui ne reprenait pas les propositions de la «position commune». Un recul perçu comme une trahison à la CFDT et la CGT, qui avaient accepté de lâcher du leste il y a un mois, en signant l’accord sur la représentativité. Loin d’être un couac, il s’agirait davantage d’une stratégie politique.

«C’est un des moyens de flatter une partie de son électorat», confirme l’eurodéputé PS, Benoît Hamon. «En finir avec les 35 heures, c’est une sorte de crispation idéologique de la droite», renchérit-il. Reconquérir son socle électoral, quelque peu perdu ces derniers mois, tel est donc la stratégie du gouvernement. Une vérité admise par le parti de la majorité: «Il s’agit de mettre en œuvre un engagement électoral. Avec les positions qui viennent d’être prises, il est clair que le gouvernement va satisfaire les électeurs qui ont voté pour lui. C’est ce qui sort sur notre site», confirme Dominique Paillé, porte-parole de l’UMP et conseiller politique de Nicolas Sarkozy.

Des messages d’encouragement sur le site de l’UMP

Depuis quelques jours, en effet, des messages d’encouragement pleuvent sur le portail du parti. «Même des gens qui n’ont pas voté pour Nicolas Sarkozy nous félicitent, car ils comprennent qu’il n’y pas de possibilité de travailler plus et de gagner plus sans passer par un assouplissement des 35 heures», se réjouit Dominique Paillé. Mais à quelle catégorie socio-professionnelle appartiennent ces défenseurs du gouvernement? «Ce sont des ouvriers et des employés. C’est vrai qu’il n’y a pas eu beaucoup d’interventions des cadres », répond le porte-parole de l’UMP. Et pour cause: selon la fédération des cadres CFTC, le projet de loi réformant les 35 heures est «un leurre pour les cadres». Elle s'interroge sur «l'utilité» de cette réforme sachant que de récentes lois leur permettent déjà de faire plus d'un millier d'heures supplémentaires par an.

Du côté du PS, l’heure est à l’exaspération. «François Fillon et Xavier Bertrand sont de vrais idéologues libéraux. Ils défendent les intérêts de ceux qu’ils représentent. Mais si deux syndicats comme la CFDT et la CGT se remobilisent après l’année difficile qu’ils viennent de passer, c’est que l’affaire est sérieuse», s’inquiète Benoît Hamon. En passant en force sur les 35 heures, le gouvernement vise à regagner la confiance de son électorat, mais risque de se couper d’une partie du pays, selon l'eurodéputé: «Ils sont sur un rail et ils foncent. Cela va créer un réel climat de tension.»

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