«Un problème technique avec le mélangeur»

TELE La hiérarchie de Direct 8 nie en bloc la déprogrammation de 88 minutes consacrée à «Nicolas Sarkozy et les femmes».

Recueilli par Raphaëlle Baillot

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La hiérarchie de Direct 8 nie en bloc la déprogrammation de 88 minutes consacrée à «Nicolas Sarkozy et les femmes». Pour elle, l'émission a disparu de la grille pour cause de problème technique. Un point c’est tout. Yannick Bolloré nous a renvoyé vers Christian Studer, directeur de l’antenne, pour répondre à nos questions.

Pourquoi «88 Minutes» n’est pas passé à l’antenne vendredi soir?

Christian Studer :  On a eu un problème technique, une panne sur le mélangeur de la régie de diffusion numéro 1. Dans un premier temps, le directeur technique a cru qu’il pourrait réparer, mais vers 16 h30, après avoir essayé en vain de récupérer le mélangeur de la régie de production 2 pour réparer, il m’a prévenu que ce serait impossible. Sur ces conseils, et voyant que « 88 Minutes » était le seul direct de la soirée, on a décidé de ne pas prendre de risque et d’annuler l’émission. Vers 17h30, la direction de l’antenne en a avisé le CSA.

Mais il y un problème de timing dans votre version, puisque nous savons avec certitude que 1/ les présentateurs de «88 minutes » ont été prévenus en début d’après-midi, et que 2/ l’émission « Dieu Merci » d’Hadrien Lecoeur est bien passée en direct à 15h30 sur le même plateau et avec les mêmes équipes. D’un coup, plus de problème technique ?
A 14 heures, le directeur technique me dit « il y a un problème », c’est alors qu’on a mis les présentateurs de « 88 Minutes » au courant. On a décidé de passer «Dieu Merci» même avec le risque que ça plante. Je ne sais pas si c’était du direct d’ailleurs. ( Vérification faite, l’émission est bien passée en direct à 15h30, ndlr.)

En résumé, à 14 heures, il y a un problème technique qui vous décide à ne pas passer une émission prévue en direct à 22h15.  Mais à 15h30 vous passez quand même une autre émission en direct…
Non, on a décidé de tenter le coup avec «Dieu merci» malgré les risques. Mais le soir, c’est différent, ça aurait été beaucoup plus compliqué de faire venir des réparateurs comme ça, de nuit.

Des journalistes de Direct 8 racontent que vous avez prévenu Vincent Bolloré, en découvrant vendredi matin l’intitulé de la fameuse séquence de «88 minutes».
Mais enfin, ça n’a pas de sens, puisque j’ai laissé le journal «Direct Matin», qui appartient au groupe et dont je suis le directeur général, faire la promo de l’émission.

On  a l’impression que les décisions sont prises de manière pyramidale dans l’univers Bolloré Médias, et que Vincent Bolloré a toujours le mot de la fin…
Structure pyramidale, qu’est ce que ça veut dire ? C’est un fantasme pur, sincèrement. Quand j’ai dit dans Libération mercredi «c’est Vincent Bolloré qui décide», je répondais à la question suivante : «pouvez-vous garantir que M. Bolloré ne prêtera plus ses moyens de transports à Nicolas Sarkozy ?». J’ai alors répondu «Posez-lui la question, c’est lui qui décide» et je découvre ce matin qu’on travestit mes propos. Le procédé est malhonnête.

En tous cas, cette affaire semble marquer un tournant à la rédaction. Certains journalistes parlent d’un «avant» et d’un «après». N’avez-vous pas l’impression que c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase ?

Ecoutez, la dernière fois que vous m’avez appelé, c’était pour nous reprocher notre Une sur le président camerounais Paul Biya, soit-disant dictée par des intérêts financiers du groupe en Afrique. Ce jour-là, Biya faisait l’objet d’articles dans le Monde. Et depuis la création du journal, nous avons consacré trois Unes à des présidents africains. Vous voyez bien qu’il ne faut pas toujours voir le mal partout. Je vous donne notre version des faits, libre à vous de ne pas la croire.