Attentat de Beyrouth: «Où est-ce que ça va s’arrêter?»

REPORTAGE Le 29e attentat en trois ans a fait quatre morts, vendredi à Beyrouth...

De notre correspondant au Liban, David Hury

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Au moins dix personnes ont été tuées, dont un responsable de la sécurité libanaise, dans un attentat à la bombe qui a visé vendredi un convoi des forces de sécurité près de Beyrouth, selon des sources des services de sécurité et militaires.
Au moins dix personnes ont été tuées, dont un responsable de la sécurité libanaise, dans un attentat à la bombe qui a visé vendredi un convoi des forces de sécurité près de Beyrouth, selon des sources des services de sécurité et militaires. — Anwar Amro AFP

«Je ne sais pas combien il y a de blessés, mais c’est un carnage», murmure Hoda, une secouriste de la Croix-Rouge libanaise, à travers la vitre d’une ambulance qui quitte les lieux de l’attentat. La jeune femme a les larmes aux yeux.

Dix jours seulement après l’explosion ayant visé une voiture de l’ambassade américaine, et six semaines après celle ayant coûté la vie au général El-Hajj, les Beyrouthins comptent à nouveau leurs morts : quatre personnes ont péri ce vendredi matin, en banlieue de Beyrouth, sous l’échangeur d’une autoroute à l'est de la ville. Parmi elles, le capitaine Wissam Eid, membre des Forces de sécurité intérieures (FSI, équivalent de la police nationale) qui était en charge de plusieurs enquêtes anti-terroristes, selon le chef des FSI, Achraf Rifi.

«Personne n’est à l’abri», s’indigne Pierre, un architecte qui conduisait son imposant 4x4 vers le site quelques secondes avant l’explosion. Il regarde son véhicule, moucheté d’éclats de bétons et de métal. Lui n’a rien : «C’est un petit miracle que je sois encore en vie. A quelques minutes près, j’y serais resté. Avant, c’étaient les politiciens et les députés qui étaient visés. Maintenant, ce sont les militaires, les diplomates, les FSI… Où est-ce que ça va s’arrêter ? Et les gens qui sont morts aujourd’hui, et leurs familles, qui va s’en occuper ? », poursuit-il des trémolos dans la voix.

Odeur de métal et d'étincelles
Dans les alentours de la zone de l’attentat, des amas de terre, des bouts de ciments, de verre et d’acier ont recouvert la chaussée, y compris de l’autoroute surplombant la scène. L’odeur de métal et d’étincelles remplit l’air. Sous un soleil radieux, des curieux affluent, et prennent des risques inconsidérés en enjambant le mètre séparant deux bretelles d’autoroute, pour pouvoir mieux voir.

Stress
En contre bas, les militaires s’énervent contre les badauds et les journalistes. Les carcasses de très nombreuses voitures fument encore. «Allez vous-en, quand même ! Pourquoi restez-vous là ?», hurle un soldat de l’armée libanaise. Le stress est palpable parmi les membres des forces de l’ordre, dont l’image a été singulièrement ternie jeudi après des tirs contre des manifestants de l’opposition à Baalbeck (un enfant de 9 ans a été blessé).

Week-end tendu
Alors que le Liban attend un week-end très tendu – le Hezbollah a annoncé une «possible journée d’action» dimanche au moment du sommet des ministres des Affaires étrangères arabes –, ce 29e attentat en 3 ans et demi ajoute un nouveau voile de fumée sur une situation politico-sécuritaire très instable.