Radiohead adopte un mode de diffusion moins innovant qu'atypique

Boris Bastide

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Le chanteur américain Prince va donner 21 concerts à partir du 1er août à Londres, seule ville européenne où il se produira cette année, a-t-il déclaré mardi lors d'une conférence de presse dans la capitale britannique.
Le chanteur américain Prince va donner 21 concerts à partir du 1er août à Londres, seule ville européenne où il se produira cette année, a-t-il déclaré mardi lors d'une conférence de presse dans la capitale britannique. — Carl de Souza AFP

Une vraie-fausse révolution. Pour son septième album, «In Rainbows», Radiohead a choisi dans un premier temps de se passer de maison de disque. Au début du mois, le groupe de rock britannique a ainsi annoncé la mise en vente sur son site Web, à partir du mercredi 10 octobre. Avec de surcroît, la possibilité pour l’internaute de fixer lui-même le prix de son achat. Il est également possible de pré-commander pour 58 euros un coffret contenant ces dix nouveaux titres sous format CD et vinyle, un deuxième CD de chansons, de visuels et des paroles. Le tout posté à l’acheteur à compter de début décembre.

Le choix de ce mode de diffusion a bénéficié d’une couverture médiatique sans précédent. Pourtant, ce modèle ne présente aucune innovation. Si l'on met de côté tous les petits artistes autoproduits qui vendent leurs disques par le biais de leur site, de grands noms ont déjà montré l'exemple bien avant le quintet d'Oxford.

Prince à l'avant-garde

Dès 1997, l'artiste américain Prince, en rupture de ban avec son label Warner, avait tenté une sortie par correspondance de sa compilation «Crystal Ball». L’expérience tourna au fiasco. Le chanteur soul avait annoncé au début de cette année-là qu'il ne presserait pas le disque tant qu'il n'avait pas reçu un minimum de 50.000 pré-commandes. Une fois cette étape franchie, les fans ont dû attendre des mois et des mois avant de recevoir leur quadruple album. Entre-temps, la compilation était sortie en magasin avec des visuels et des notes de l'artiste qui faisaient défaut dans la version pré-commandée. Pour se rattraper, Prince ajouta à la dernière minute un album bonus dans le colis. Pas suffisant pour calmer les foudres de ses fans qui s’étaient sentis floués.

Mais toujours avant-gardiste, l'interprète de «Kiss» se lança dans les années qui suivirent dans la vente de contenu par Internet. La compilation de remix «Rave In2 the Joy Fantastic» ne fut distribuée en 2000 que sur la Toile pendant qu'une grande partie de son catalogue était accessible via sa propre plateforme NPG Music Club —fermée depuis. Suivant la même logique, en juillet 2007, le groupe canadien Stars vendait en ligne son nouvel album «Bedroom», quatre jours après avoir reçu le master final et deux mois avant sa sortie en magasin.

Changement d'échelle

En matière de libre détermination du prix, la chanteuse canadienne Issa, aussi connue sous le nom de Jane Siberry, fait figure de pionnière. Dès 2005, elle mit en place un système de paiement qui donnait le choix à l’internaute entre quatre options : la gratuité, payer le prix standard (72 centimes d'euro la chanson), payer le prix de son choix maintenant ou plus tard. Après un an d'expérience, seul 17% du public avait fait le choix du téléchargement gratuit, expliquait l’artiste au quotidien canadien «Globe and Mail».

Le geste de Radiohead , dont le contrat avec EMI s'est terminé en 2003,  n’est toutefois pas à minimiser. Parce qu’il vient d’un groupe qui se situe par sa notoriété au centre de l’industrie musicale et non en marge. Parce qu’il vient à un moment où de plus en plus d’artistes s’interrogent sur le meilleur moyen de contrer le téléchargement illégal et de diffuser leur musique dans un contexte de forte chute des ventes des CD. Le dernier album de Prince, encore lui, fut d’abord distribué avec un quotidien britannique. D’autres, comme Bob Dylan, se sont associés avec des chaînes comme les magasins Starbucks ou Wall Mart aux Etats-Unis. Radiohead, lui, choisit cette nouvelle voie et fait des émules. En quelques jours, Oasis, Jamiroquai ou Nine Inch Nails se sont déjà dit intéressés par l'idée de vendre directement leur musique en ligne sans passer par un label…