Bilan d'une journée test pour Rachida Dati

S. Lhenoret

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Rachida Dati, qui connaît ses premières difficultés depuis son arrivée au ministère de la Justice, devait subir mardi son baptême du feu à l'Assemblée nationale où elle devait présenter son projet de loi de lutte contre la récidive, promesse de campagne de Nicolas Sarkozy.
Rachida Dati, qui connaît ses premières difficultés depuis son arrivée au ministère de la Justice, devait subir mardi son baptême du feu à l'Assemblée nationale où elle devait présenter son projet de loi de lutte contre la récidive, promesse de campagne de Nicolas Sarkozy. — François Guillot AFP
«Pour prévenir efficacement, la justice doit être efficacement répressive.» La ministre de la Justice, Rachida Dati, en a défendu le postulat, mardi après-midi à l’Assemblée nationale, lors de la présentation de son projet de loi sur la lutte contre la récidive, déjà adopté le 6 juillet par le Sénat (avec les seules voix UMP et centristes).

Tout en plaidant pour une «justice sereine, claire, compréhensible par tous et d’égal à tous», la garde des Sceaux a détaillé les trois axes principaux de ce texte: l’instauration de peines minimales en cas de récidive, la possibilité d'exclure l'excuse de minorité pour les récidivistes de plus de 16 ans et l’obligation de soins notamment pour les délinquants sexuels.

Refus des faux-débats

Expliquant que ce projet de loi «donne des moyens efficaces aux magistrats pour lutter contre la récidive», Rachida Dati a assuré avoir entendu les Français et leur volonté de solutions. «Ce n'est pas un texte partisan. C'est un texte qu'attendent les Français parce qu'il s'attaque au coeur du sujet qui fonde leur inquiétude», a-t-elle expliqué, refusant «les faux débats». Et, Jean-François Copé, chef de file des députés UMP, a insisté sur «son soutien total». «Ce texte est inspiré de ce que vivent les Français et les élus locaux au quotidien. Rachida Dati l’a fait avec un vrai souci d’écoute», a-t-il déclaré avant la présentation.

Alors qu’elle est très critiquée dans sa vie professionnelle et personnelle depuis une semaine, notamment après la démission de quatre membres de son cabinet et les révélations sur les déboires judiciaires de deux de ses frères, le président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, a demandé mardi que cessent ces attaques qui «ont des relents insupportables faits de jalousie et de xénophobie».

Un texte inefficace et dangereux

De leur côté, les députés PS ont exprimé leur désaccord concernant ce projet. Contre un texte qui «comporte des aspects inefficaces et dangereux», selon le député PS Manuel Valls, le groupe SRC (socialiste, radical et citoyen) a déposé trois motions de procédure: l'exception d'irrecevabilité, défendue par Manuel Valls (PS), le renvoi en commission, plaidé par Serge Blisko (PS) et la question préalable, défendue au nom du groupe GDR par le communiste Michel Vaxès. André Valini (PS) a également déclaré: «30% des peines ne sont jamais exécutées. La justice n’a pas les moyens d’exécuter les peines. Le vrai problème est là. Ce texte va aggraver encore plus la récidive.» Et de déplorer «le délai entre la sanction et son exécution».

Un risque d’explosion des prisons

Manuel Valls a dénoncé un texte «inefficace» qui «risque de faire exploser la population carcérale». Alors que Georges Fenech (UMP) a, lui, assuré que ce risque «n’existe pas, notamment grâce au développement des bracelets avec décret d’application.»

Le syndicat Force ouvrière pénitentiaire déclarait pourtant en marge de sa visite du nouvel établissement pénitentiaire pour mineurs (EPM), mardi à Meyzieu (Rhône): «Nous serons très vigilants parce que je pense que ce serait une erreur aujourd'hui, avec 60.000 détenus pour 50.000 places, d'incarcérer encore beaucoup plus dans les établissements.»

Alors que Devedjian soulignait, en fin d’après-midi, que «l'UMP salue le travail accompli par Madame Dati qui a su trouver les mots au Sénat pour défendre son projet», le gouvernement souhaite maintenant le voir définitivement adopté avant la fin de la session extraordinaire le 3 août.