"La France doit balayer devant sa porte"

INTERVIEW Jean-Marie Bockel, Secrétaire d'Etat chargé de la Coopération et de la Francophonie, révèle les lignes de son discours-programme...

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 Vous présentez mardi la politique de coopération française pour les cinq ans à venir. Quelles sont ses priorités ?

Je m’inscris dans la définition de Bernard Kouchner, qui parle de ministère de la Mondialisation positive. Cet état d’esprit, j’entends l’appliquer dans deux directions, l’aide au développement et la francophonie.

Confirmez-vous que la France souhaite augmenter son aide aux pays pauvres ?

L’aide au développement accordée par la France est importante mais pas suffisante. L’objectif est de la renforcer. Le Président s’est engagé à atteindre 0,7 % de notre PIB d’ici à 2015. En 2006, ce chiffre était de 0,43 %, soit 8,3 milliards d’euros.

A quoi sert cet argent ?


Ces fonds permettent d’abord l’annulation de la dette des pays les plus pauvres. Ensuite, il y a des aides plus directes au niveau français ou européen : le soutien à des actions agricoles et la formation professionnelle notamment. Je peux aussi citer la lutte contre la désertification, et les actions qui recouvrent une dimension sociale comme la scolarisation des enfants ou la lutte contre les grandes endémies.

Dans tous ces domaines, l’argent de la France ne paraît pas toujours bien utilisé…


Nous devons effectivement progresser, être plus efficaces, comme le sont les Anglo-Saxons. Nous devons éviter le saupoudrage en travaillant avec les ONG, les entreprises, les associations, les collectivités locales. Au niveau de notre réseau [Agence française de développement, direction générale…], nous devons aussi éviter les doubles emplois, trouver une cohérence dans notre démarche. Nous devons balayer devant notre porte.

L’aide au développement arrive trop souvent dans les poches des dirigeants de pays pauvres. Comment y remédier ?


Nous devons soutenir les efforts pour une gouvernance démocratique, aider les personnes qui s’impliquent pour cela sur le terrain. Des erreurs ont été commises par tous les pays donateurs. On sait aujourd’hui qu’il ne faut pas financer tout ce qui n’est pas pérenne, toute aide qui ne sert pas des objectifs identifiés. Tout ce qui crée un réflexe d’assistance plutôt que de responsabilisation est aussi à proscrire. Ces erreurs expliquent que l’on considère que l’argent a souvent été mal utilisé en Afrique. Nous devons donc changer nos comportements. Mais pas de manière brutale, dans le dialogue et en sachant ce qu’on veut.

La France doit-elle réorienter ses efforts vers certains pays et se désengager d’autres ?

Je ne tiendrai pas un discours de désengagement. J’estime qu’il faut faire mieux sur certains territoires. Aujourd’hui, la France n’est plus le principal bailleur de fonds de pays où elle l’était par le passé. Nous devrons donc savoir mettre le paquet sur un certain nombre de pays et d’actions.

De quels pays parlez-vous ? Le Congo, le Sénégal où l’influence française est en baisse ?

Je citerais l’exemple du Mali. C’est un pays sur lequel nous devons voir comment être mieux positionnés