«Les électeurs de Sarkozy ont pris la gauche en sandwich»

DECRYPTAGE Philippe Hubert, rédacteur en chef d'Ipsos, décortique le sondage post-électoral

Recueilli par Johan Hufnagel

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DECRYPTAGE - Philippe Hubert, rédacteur en chef d'Ipsos, décortique le sondage post-électoral d'Ipsos  pour France 2, 20Minutes, Europe 1...

Comment expliquez-vous un tel écart de voix entre Royal et Sarkozy ?

Pour avoir un résultat plus serré, Ségolène Royal devait réunir quatre conditions. Qu’elle obtienne 90% des reports de voix de la gauche non socialiste, qu’elle compte au moins dix points d’avance dans le report des voix des électeurs de Bayrou du premier tour, qu’elle bénéficie d’une forte abstention chez les électeurs frontistes et une mobilisation des abstentions du premier tour en sa faveur. Elle a un peu bénéficié de ce dernier point, mais dans les trois autres, le compte n’y est pas. 72% des électeurs de la gauche de la gauche ont voté Royal, elle partage avec Nicolas Sarkozy les voix bayrouistes (38% contre 40), et les électeurs frontistes ont très largement choisi le candidat de droite, ne respectant pas les consignes d’abstention de Jean-Marie Le Pen.

Qui a voté pour le nouveau chef de l’Etat?
D’abord, on peut dire que la somme des vote utile et du «Tout sauf sarko» sont inférieurs au vote d’adhésion. 77 % avaient envie qu’il soit président. C’est 20 points de plus que pour les gens qui ont voté pour Ségolène Royal. Ensuite, l’élection s’est jouée notamment chez les plus de 60 ans. Historiquement, les plus de 60 ans vote à droite, mais pas dans cette proportion. Les plus âgés se sont hyper-mobilisés : 61% des 60-69 ans, 68% chez les plus de 70 ans. Sur le sexe des votants, pas d’effet Ségolène. L’hypothèse, assez séduisante au départ, d’un vote des femmes en faveur de la candidate, se contredit par l’attractivité de Sarkozy chez les femmes âgés : les femmes de soixante ans et plus ont voté 64% en faveur de Nicolas Sarkozy. Le vote des 18-24 ans (42% seulement pour Sarkozy) ne suffit pas à contrebalancer le vote des seniors.

C’est un phénomène qui peut durer ?
Avec la France qui vieillit, le vote des Français les plus âgés restera un soutien massif et intéressant pour lui. Même chez employés et ouvriers, le vote Sarkozy est équilibré. Même parmi les niveaux de revenu inférieurs, Sarkozy reste en tête. Il a réussi, comme la droite aux Etats-Unis, à prendre la gauche en sandwich: les riches qui veulent rester riches et les pauvres qui veulent devenir riches prennent en tenaille la classe moyenne. Sarkozy confirme sa percée dans l’électorat populaire en France, qui se partageait entre gauche et FN. Chirac n’avait pas ça.