«Sa mort arrange tout le monde»

Recueilli par Alexandre SULZER

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L'ancien président irakien Saddam Hussein, condamné à mort pour l'exécution de 148 villageois chiites dans les années 1980, a été pendu samedi à Bagdad.
L'ancien président irakien Saddam Hussein, condamné à mort pour l'exécution de 148 villageois chiites dans les années 1980, a été pendu samedi à Bagdad. — Nikola Solic AFP/Pool/Archives

Maître Emmanuel Ludot, membre du comité de défense international de Saddam Hussein à Paris.

Votre première réaction?

Je suis écœuré. Je dénonce cette précipitation due à un calendrier strictement américain. Il fallait exécuter Saddam Hussein avant le désengagement des troupes d’Irak. Pour ça, les Américains ont sacrifié les grands principes. Les grandes capitales européennes vont, malgré leurs larmes, pousser un ouf de soulagement puisque Saddam ne risque plus de parler ni de compromettre les anciens amis. Les charges examinées dans les massacres des Chiites ne compromettaient pas les anciens amis. Celui d’Halabja (massacre de Kurdes, ndlr) qui n’a pas été examiné par la cour aurait compromis la France qui a armé Saddam et l’Allemagne qui lui fourni le gaz. Sa mort arrange tout le monde.

Y-a-t-il eu des recours de dernière minute déposés ?
Le recours diplomatique uniquement mené à l’Onu cette nuit par Curtis Dubler et Ramsay Clark, deux avocats du comité de défense.

Que pensez-vous du comportement de la France?

Il a été abject, nul, lâche et hypocrite parce qu’elle est mouillée jusqu’au coup dans le scandale pétrole contre nourriture. Son attitude a été indigne car elle a toujours refusé de m’aider à me rendre à Bagdad. Quant aux associations humanitaires, elles ont balbutié quelques mots de protestations mais Saddam n’est pas un bon produit marketing pour elles.

Quel regard portez-vous sur la défense de Saddam Hussein ?

La défense de Saddam Hussein a été prise au piège de Bagdag. Il fallait organiser la défense depuis l’ONU car il fallait discréditer ce qui est une machine à tuer et non une machine à juger, décrypter la personnalité de chaque juge qui était lié à l’Iran ou aux Kurdes. Je regrette que mes confrères aient cru au droit international pour sauver Saddam. Il aurait fallu faire du terrorisme judiciaire et pas du droit. Face à des terroristes comme les Américains, il fallait que les avocats ne restent pas avec leur déontologie mais utilisent les armes de la diplomatie ou des lobbies.

Défendez-vous encore des anciens proches de Saddam Hussein?
Dans les jours qui viennent , je vais continuer à protéger les proches du régime baassite dont Tarek Aziz qui est en prison sans perspectives de jugement.