Le Vénézuéla à l'heure du choix bolivariste

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Seize millions d'électeurs sont appelés à voter ce dimanche à la présidentielle au Venezuela où l'actuel dirigeant Hugo Chavez, 52 ans, chef de file de la gauche anti-américaine, part en position de grand favori.
Seize millions d'électeurs sont appelés à voter ce dimanche à la présidentielle au Venezuela où l'actuel dirigeant Hugo Chavez, 52 ans, chef de file de la gauche anti-américaine, part en position de grand favori. — Juan Barreto AFP
Dimanche, trois heures du matin, Caracas s’éveille au son du clairon. Comme l’a demandé le chef de l’Etat vénézuélien Hugo Chavez, les membres de son commando de campagne circulent en voiture dans la capitale et diffusent par haut-parleur le signal de la mobilisation pour le scrutin présidentiel. Et ce, jusque dans les beaux quartiers de l’Est, traditionnellement acquis à l’opposition.
La veille, dans ces mêmes zones résidentielles, le responsable d’un supermarché a bien du mal à contenir le mécontentement des clients : « Désolé mais ceux qui ont dans leurs caddies de l’alcool doivent le rapporter, l’horaire limite est passé ». Au Venezuela comme dans toute l’Amérique latine, la vente d’alcool est interdite juste avant et pendant les journées électorales pour éviter toute montée de tension. Mais malgré ces précautions, certains angoissent… et font des réserves de produits de base. Le sucre notamment a déjà disparu des rayonnages.

Les barrios tranquilles

Les barrios, les bidonvilles, eux sont plus tranquilles. Les habitants soutiennent en effet majoritairement le président sortant et savent la victoire quasi certaine ce dimanche.
Et dès le milieu de la nuit, ils sont déjà des dizaines à faire la queue devant les centres de vote qui n’ouvriront qu’à l’aube. Principaux bénéficiaires des « missions » sociales du gouvernement – alphabétisation, médecine, alimentation à bas prix, etc. - ils ont vu leurs conditions de vie s’améliorer depuis l’accession au pouvoir de Chavez en 1998. Et ce, grâce à la manne pétrolière, le Venezuela étant le 9ème producteur mondial de brut.
La classe moyenne et aisée dénonce, elle, l’autoritarisme et la personnalisation à outrance du pouvoir d’Hugo Chavez qui se veut l’héritier sur le continent de Fidel Castro. « Il y a des missions, c’est vrai, mais pas pour 26 millions de Vénézuéliens, elles n’existent que pour les chavistes » raille Raúl Alberto, un des fidèles du candidat de l’opposition Manuel Rosales. Crédité de 10 à 30 points de retard sur Chavez dans les sondages, celui-ci a mis le doigt sur les échecs de son adversaire : l’insécurité, le logement et l’emploi. Mais sans charisme, sans vrai programme et avec un vrai boulet à traîner – son soutien à l’éphémère coup d’état qui avait chassé Chavez du pouvoir en 2002 - il ne risque pas de faire trembler le leader de la « révolution bolivarienne ». Même s’il a toutefois réussi à mobiliser les opposants en quête d’un patron depuis plusieurs années.
Convaincu de sa victoire, il a finalement déclaré il y a trois jours qu’il reconnaîtrait son éventuelle défaite, si les règles du jeu sont respectées. Hugo Chavez lui, ambitionne 10 millions de voix sur les 16 millions d’inscrits. Les résultats sont attendus dans la nuit de dimanche à lundi et pour éviter toute violence mieux vaudrait une victoire nette de l’un ou l’autre des candidats.

A Caracas, René Pichon