«On est derrière notre équipe»

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De Paris à Toulouse en passant par Lyon ou Marseille, tour de France des supporters de foot

A Marseille

Unique. En 2006, l'Olympic de Marseille reste toujours le seul club de France à avoir confié une partie de la billetterie à ses groupes de supporteurs. Un privilège accordé par Bernard Tapie dans les années 80. L'argent récupéré des abonnements des virages sud et nord (640.000 euros dispatchés entre les 9 groupes officiels) rend-il pour autant influents ces 28.000 Marseillais encartés?

«Ici, nous avons du pouvoir mais seulement dans notre tribune», assure Christophe Bourguignon, président des Ultras. Depuis l'arrivée de Pape Diouf à la tête du club, le stade Vélodrome n'a d'ailleurs plus été le théâtre d'intimidations en tous genres.

«Le dernier incident remonte à décembre 1999, se souvient Rachid Zeroual, vice-président des Winners. Au lendemain d'une sale défaite à Saint Etienne (5-1), lors d'une réunion, Christophe Dugarry nous avait insultés et s'était pris une gifle en retour.»

Durant la crise sportive qu'a connu le club en octobre-novembre (5 défaites consécutives), les virages sont en effet restés bien tranquilles. «On est derrière notre équipe quoiqu'il arrive, assure Zeroual. On préfère se concentrer sur la qualité de nos animations». Fred Azilazian


A Paris
S’ils ne se sont pas (encore?) vus confier la gestion des abonnements dans leurs tribunes respectives, contrairement à leurs rivaux marseillais, les supporteurs du PSG pèsent d’un poids considérable sur la vie de leur club.

Outre leurs fonctions « habituelles » (animations et chants dans le stade, achat de produits dérivés en dehors pour renflouer les caisses…), les membres des diverses associations, qui organisent parfois des manifestations à but caritatif, sortent souvent du cadre strict de «supporteur».

Car l’ingérence des ultras parisiens dans les affaires du PSG n’est plus à démontrer. Et on ne parle pas uniquement d’appels à la démission d’un entraîneur ou de pression sur des joueurs, tel le défenseur Bernard Mendy agressé verbalement et physiquement au Camp des Loges vendredi dernier.

Mécontents de la politique de sécurité (contrôles d’identité, fouilles dans les locaux des associations) menée par l’ex-président du PSG Francis Graille à l’hiver 2004, les virages Auteuil et Boulogne, pourtant ennemis, multiplient les coups de force, dont un déluge de fumigènes et de fusée interrompant un match face à Metz. «Graille, cette amende t’est offerte par le virage Auteuil», peut-on alors lire sur une banderole.
Menacé de mort à son domicile, le président quitte son poste cinq mois plus tard. Les «supporteurs» concernés, eux, sont toujours là. Sébastien Bordas


A Bordeaux
Quand on évoque le poids des supporteurs dans un club comme les Girondins, Laurent, responsable du virage Sud, parle de «cohésion social» dans les tribunes. «On a le devoir de s'unir sinon on risque de disparaître», affirme-t-il.

D’habitude très proche des joueurs, une partie du public bordelais a dernièrement pris en grippe les deux stars de Bordeaux Johan Micoud et Jean-Claude Darcheville. Contre toute-attente, ce dernier a sollicité une entrevue avec les meneurs pour connaître les raisons de cette désaffection.

«Ce n'est pas en sifflant l'équipe, qu'on va la soutenir. Pendant deux heures, nous lui avons fait connaître notre association et le monde dans lequel on vit. Darcheville est un joueur qui fonctionne au moral. On a eu l'impression d'avoir fait un travail de psy», estime Laurent. Résultat, «on a l'impression de l'avoir remis en confiance».

Cet exemple illustre parfaitement le respect mutuel qui existe entre les deux clans même si, par le passé, tout n'a pas été rose. « Durant la saison 2003-2004, on était déçu sur les prestations de l'équipe. Avant le match contre Monaco, on a fait déserter le virage sud. On a vidé 4000 personnes de leur siège et fait respecter une grève. Dans la tribune, il y avait juste une banderole où était écrit: «Un virage désert pour une saison de misère.»»

Réputé tranquille, le supporteur bordelais sait aussi se faire respecter. «On peut résumer ça à un syndicat. Quand ça va mal, on monte au créneau et on représente tous les supporteurs de Bordeaux.» Stéphane Deschamps


A Strasbourg
«Nos relations sont très bonnes.» Président des Ultra Boys 90 -l'association de supporters la plus active du Stade de la Meinau à Strasbourg avec 400 membres -, Sébastien Metzger se félicite des rapports entretenus avec le Racing Club. «On est souvent consulté, comme au sujet du projet de nouveau stade. C'est normal, car le club nous appartient aussi: on était là avant et on sera là après certains joueurs ou dirigeants. Mais on estime que les domaines sportif et administratif ne nous regardent pas.»

Même son de cloche du côté du club. «Le dialogue est permanent avec les trois principales associations (UB 90, Kop Ciel et Blanc, Club central), et leurs 1300 supporters confie Serge Cayen, directeur de la sécurité du stade. Il y a néanmoins une trentaine d'individus apparentés extrême droite qui sont étroitement surveillés par la police.»

A Strasbourg, qui compte cette saison 8.500 abonnés malgré la descente en Ligue 2, les incidents sont rares. Le dernier remonte à fin 2000, quand le club avait écopé d'un match à huis clos suite à un jet de pétard en direction d'un arbitre assistant. Depuis, hormis quelques sifflets malvenus, le Kop remplit bien son rôle de 12e homme par ses chants et ses banderoles (celui du centenaire du Racing avait coûté 7000 euros aux UB 90). Jérôme Sillon
 
 
A Lille
Plus de bombers ni de crânes rasés. Réputés pour sa violence il y a encore dix ans, les Dogues, principal groupe de supporteur lillois, font aujourd'hui beaucoup moins parler d'eux. «Les mentalités ont changé», explique Federico Maenza, responsable de la section. Le travail du club a aussi payé.
«On a une réunion mensuelle avec les supporters. Aujourd'hui, le mec qui fait le con dans un stade, le lendemain il doit s'expliquer d'homme à homme avec nous», lance le dirigeant

«On a passé un match avec les Dogues Virage Est (DVE), ils étaient dans une cage, les gens avaient peur d'eux, et eux avaient un sentiment d'impunité». Le club les disséminera à travers le stade. Depuis, à part une croix celtique à Saint-Étienne il y a un an, «pour laquelle on a reçu une lettre d'excuses des DVE» sourit le dirigeant lillois, plus rien.

«On a aussi fait un gros travail auprès du parquet et de la police, ajoute-t-il, pour qu'il y ait tolérance zéro. Et si tout ça ne marche pas, on peut aller jusqu'à refuser de vendre un abonnement. Les supporters savent qu'on est assez con pour aller jusque-là». Antoine Maes


A Nantes
Les relations entre le football club Nantes atlantique (FCNA) et les supporters? Un sujet sensible. La preuve, les dirigeants du FCNA et le responsable de la Brigade Loire (plus gros club de supporteurs) n'ont pas souhaité s'exprimer. «C'est délicat et on veut garder de bonnes relations…», a expliqué Romuald de la Brigade Loire.

A l'intersaison, quelques supporteurs indépendants - excédés par des résultats médiocres depuis cinq ans - ont manifesté leur mécontentement à l'encontre des dirigeants par le truchement d'autocollants. Des stickers estampillés «Gripond, casse toi!» à l'attention de l'ancien président et actuel président délégué honni des supporteurs, «Le FCN meurt!» ou encore «Dassault dégage!» [l'actionnaire majoritaire] ont été collés aux quatre coins de la ville.

Une initiative qui n'a pas été du tout du goût des caciques de la maison jaune. «Des pressions ont été exercées sur certains groupes de supporteurs», explique même un inconditionnel du FCNA. Un site indépendant, ayant photographié et mis en ligne ses stickers, a même reçu une lettre d'avocat du FC Nantes et une menace de recours en justice pour «incitation à la violence». David Phelippeau
 
 
A Lyon
Trois groupes de supporters majeurs sont recensés dans les travées de Gerland. Le Kop Virage Nord (ex-Bad Gones) compte 2600 membres et présente la particularité d'avoir été fondé à l'arrivée de Jean-Michel Aulas à la tête club, en 1987. Les Lugdunum's (plus de 500 supporters) et les Nucleo Ultra' (une centaine), se trouvent eux dans le virage sud. Xavier Pierrot, chargé des relations avec les supporters à l'OL, est conscient que la situation n'a pas toujours été paisible.

«On ne peut pas nier la face sombre des Bad Gones dans le passé. Des leaders ont changé et d'autres ont muri. Leur changement de nom est le symbole d'une philosophie plus festive. Il y a quinze ans, le public ne se sentait pas toujours en sécurité à Gerland.»

D'un prix du fair-play reçu l'année passée lors du derby face à Saint-Etienne à une adhésion au projet de grand stade hors de Lyon de Jean-Michel Aulas, le Kop Virage Nord -qui n'a pas souhaité communiquer- suit actuellement la saine évolution de son club, à l'image d'une banderole brandie en fin de saison dernière: «Avec notre président jusqu'au firmament». Jérôme Pagalou


A Toulouse
«Je souhaite à tous les clubs d'avoir les mêmes relations que nous avec leurs supporteurs.» Hugues Henry, directeur général du Toulouse football club (TFC),dresse un tableau idyllique, auquel le président des Indians (250 à 300 membres) apporte tout de même quelques nuances.

«Les rapports sont cordiaux, explique Paul Cometto, à la tête du plus important groupe actif dans les tribunes du Stadium. Nous ne sommes pas toujours d'accord, mais quand c'est le cas, on en parle. Il n'y a pas de tabous.» Les rapports s'étaient pourtant tendus en février dernier, lorsqu'une bagarre entre fans du TFC et de Nantes avait éclaté à quelques centaines de mètres du Stadium.

Les dirigeants toulousains avaient alors pointé du doigt la responsabilité de certains Indians. «Cela a été le seul moment un peu délicat», assure Hugues Henry qui rappelle par ailleurs l'existence du Forza Viola FC. Une équipe constituée de supporteurs toulousains, qui joue plusieurs fois par an contre une formation composée de salariés du club, parfois renforcée
par... Olivier Sadran, le président du TFC.  Nicolas Stival