Les Libanais pleurent Gemayel et accusent Damas

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Accueillie au son du glas par une foule de plusieurs milliers de personnes, pleurant en silence, la dépouille du ministre libanais de l’Industrie Pierre Gemayel, assassiné mardi, est arrivée mercredi dans son village natal chrétien de Bikfaya, dans la montagne du Metn, à l’est de Beyrouth.

Des cris de colère, des salves d’arme automatique vers le ciel, comme le veut la tradition, ont accompagné le cercueil à son arrivée. Puis le silence est retombé, lorsque la foule, recueillie, s’est rassemblée autour de la maison familiale, pavoisée de portraits du défunt. Ses obsèques auront lieu jeudi en la cathédrale Saint-Georges des Maronites, dans le centre de Beyrouth, avant l’enterrement dans le village.

Tandis que les chrétiens libanais pleurent un mort de plus, c’est tout le pays qui est en deuil. Les festivités prévues pour le 63e anniversaire de l’indépendance du Liban mercredi ont été annulées et les alliés de Pierre Gemayel, désignant la main de Damas, ont rendu hommage à leur "martyr tombé pour l'indépendance", allusion à la ligne de fracture entre pro et antisyriens qui déchire le pays.


La Syrie et ses alliés mis en cause
Cet assassinat la précédé de quelques heures le feu vert du Conseil de sécurité de l’ONU à la création d’un tribunal international pour juger les assassins de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri, pour lequel la Syrie et ses alliés libanais ont été mis en cause.
L’ensemble de la classe politique a multiplié les appels au calme et le camp antisyrien mené par Saad Hariri, le fils de Rafic Hariri, a demandé aux Libanais de participer en masse aux obsèques de Gemayel. Ses partisans espèrent ainsi transformer la cérémonie en une démonstration de soutien au gouvernement du Premier ministre Fouad Siniora et contrer l’épreuve de force engagée par l’opposition, rassemblant prosyriens et chrétiens partisans du général Michel Aoun, pour élargir son assise au sein de la coalition.

Dès mardi, Saad Hariri avait accusé Damas de vouloir "tuer tout homme libre au Liban". Mercredi, le député et chef druze antisyrien, Walid Joumblatt, a renouvelé ces accusations et estimé que ces meurtres "allaient se poursuivre". "Il n'y aura ni sécurité, ni paix, ni démocratie (au Liban) tant que le régime syrien est en place", a-t-il souligné.