Après Madrid, le débat sur les mannequins trop maigres se poursuit à Londres

— 

Le débat sur les mannequins trop maigres, lancé au début du mois à Madrid, a rebondi lundi à Londres, à l'occasion de l'ouverture de la semaine de la mode printemps-été 2007.
Avant même le premier défilé, les organisateurs londoniens ont clairement fait savoir qu'ils n'avaient pas l'intention d'"interférer dans la démarche esthétique" des créateurs, dont 49 doivent présenter leur collection printemps-été cette semaine dans l'enceinte du prestigieux musée d'histoire naturelle.
"Les interdictions et les lois ne sont pas le chemin que nous voulons prendre", avait précisé dès dimanche Stuart Rose, président du British Fashion Council, en réponse à la ministre de la Culture Tessa Jowell, qui a elle "applaudi" l'initiative de Madrid et "demandé aux organisateurs de la semaine de la Mode de Londres de faire de même".
Cinq mannequins "trop maigres" ont été interdites cette semaine de défilé au grand rendez-vous de la haute-couture madrilène, la Pasarela Cibeles, en vertu d'une directive régionale visant à lutter contre l'anorexie.
Elles avaient un indice de masse corporelle (IMC, le poids en kilos divisé par la taille au carré) inférieur à 18, soit moins de 56 kg pour 1m75. Selon l'Organisation mondiale de la Santé, l'IMC d'une femme en bonne santé s'établit entre 18,5 et 24,9.
La plupart des mannequins les plus côtées sur la scène internationale, dont certaines sont très jeunes, en sont loin : l'Espagnole Esther Canadas aurait un IMC de 14. Celui de l'Anglaise Kate Moss serait inférieur à 15. L'Anglaise Lily Cole, 18 ans, 1m79 pour des mensurations de 81, 63 et 89, est très loin des 58 kilos qui lui assureraient un IMC de 18.
"La promotion, par l'industrie de la mode, d'une image de la beauté filiforme est dangereuse pour l'image qu'ont d'elles-même les jeunes filles et pour leur santé", a dénoncé la ministre anglaise de la Culture. (...) Cela les conduit à s'affamer pour leur ressembler", a regretté Mme Jowell.
La décision madrilène est intervenue après le décès d'une jeune mannequin uruguayenne de 22 ans, Luisel Ramos, morte d'épuisement à la fin d'un défilé le 2 août. Elle s'était vu conseiller de maigrir encore, si elle voulait devenir célèbre. Depuis des mois, elle se nourrissait de feuilles de salade et de coca light, et selon son père, elle n'avait rien mangé depuis la mi-juillet.
Mais lundi, toutes plus filiformes les unes que les autres, leurs jambes-échasses encore allongées par des chaussures à hauts talons, les jeunes mannequins faisant la fortune d'une industrie qui brasse des milliards étaient présentes en masse à Londres.
Lily Cole, Malgasia, Tanya D, et Irina Lazareanu, ont ainsi défilé pour "Noir", qui ouvrait le bal des collections printemps-été 2007.
Et Stuart Rose a cherché à faire oublier la polémique naissante, faisant valoir que ce n'était pas le bon moment, son objectif étant la réussite de cette manifestation où est notamment attendu pour la première fois l'Italien Giorgio Armani.
L'Anglaise Erin O'Connor, mannequin vedette de cette semaine de la mode de Londres, a quant à elle joué l'apaisement. "C'est un débat qui aura lieu au moment propice, et toutes les opinions sont bienvenues", a-t-elle déclaré à l'AFP, sans vouloir se prononcer sur le fond.
"C'est une question que les gens doivent surveiller", a cependant reconnu Julia Shin, directrice de Noir.
"Nous nous en soucions" chez Noir, a-t-elle également déclaré à l'AFP, "mais pour nous le problème ne s'est pas posé". Lily Cole (la vedette de Noir lundi) "a le plus beau corps qu'on puisse imaginer et elle mange vraiment très bien", a-t-elle insisté.
A New York et Paris, deux capitales mondiales de la mode, l'idée d'un IMC minimum pour les mannequins a été écarté sans appel ces derniers jours.