« Vous croyez vraiment qu’il y a un explosif dedans ! »

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A partir de lundi, les voyageurs ne pourront plus prendre avec eux en cabine que des flacons ou des tubes d'une contenance inférieure à 100 ml. L'ensemble de ces récipients devra tenir dans un sac en plastique transparent d'un litre maximum.
A partir de lundi, les voyageurs ne pourront plus prendre avec eux en cabine que des flacons ou des tubes d'une contenance inférieure à 100 ml. L'ensemble de ces récipients devra tenir dans un sac en plastique transparent d'un litre maximum. — Ben Stansall AFP/Archives

L’écran des départs n’indique presque plus que des vols à l’heure. Il est 13h passé lundi 6 novembre à l’aéroport Orly-Ouest et les perturbations de trafic liées à la mise en place de l’interdiction de voyager en cabine avec des liquides de plus de 10 cl ne se font plus ressentir. « Pourtant, c’était vraiment le rush ce matin avec des files incroyables », s’exclame Martine, employée d’Aéroports de Paris (ADP) qui accueille les passagers au « Point Information Sûreté ».

La sécurité en jeu

Depuis plusieurs jours, elle est formée pour renseigner les voyageurs et leur expliquer qu’ils doivent mettre leur mousse à raser et autres fragrances en soute. Au risque de ne plus jamais les revoir. « Les gens ne sont pas courant des nouvelles règles mais ils réagissent souvent bien car ils savent qu’il en va de leur sécurité », explique-t-elle. Mais reconnaît aussi « quelques accrochages ». Comme avec cet homme d’affaires, qui refusait de mettre son bagage en soute pour ne pas perdre de temps à l’arrivée et à qui ADP a confisqué un parfum Hugo Boss.

Poubelles bien remplies

Martine remplit et ferme consciencieusement, sous scellés, des poubelles dans lesquelles se retrouvent pêle-mêle canettes, bouteilles, parfums, crèmes de soin pour la peau et, plus surprenant, des tablettes d’aspirine. « Les gens font n’importe quoi, soupire-t-elle. Ils se débarrassent de tous leurs médicaments alors que seuls les sirops et les gouttes pour les yeux sont contrôlés ». Les aérosols, eux, sont mis à part dans des poubelles jaunes pour être donnés à des associations.
Un salarié d’Air France s’approche et se procure, « pour son usage personnel » des petits sacs en plastique de vingt centimètres sur vingt. « Ca ne sert pas à grand chose, remarque-t-il, désabusé. Un petit dentifrice et c’est rempli ».

Les mésaventures d'Isidor

Isidor* s’envole, lui, pour le Sénégal et veut savoir s’il peut prendre avec lui sa double émulsion ultra-hydratante. « A condition de la mettre en soute », répond, avec un large sourire, Martine. « Vous croyez vraiment qu’il y a un explosif dedans ! », lance la femme du passager. « Ecoutez, madame, ce sont les règles », s’entend-elle répondre plus sèchement. Mais Isidor n’est pas au bout de ses mésaventures car il entend voyager avec pas moins de sept flacons de parfum. Et pas question de les mettre en soute dans sa valise pour laquelle il paye déjà un excédent de poids. « On perd du temps pour rien », s’énerve son beau-frère. La famille prend alors la décision de refaire toute la valise, accroupie à même le sol de l’aérogare. Finalement, les parfums sont embarqués en soute au détriment d’un drap et d’une paire de chaussures qui resteront en France. Isidor peut embarquer.

Alexandre Sulzer

*: le prénom a été changé