Route du Rhum: record battu pour Lemonchois

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Lionel Lemonchois, 46 ans, a coupé la ligne d'arrivée en Guadeloupe à 01H21 locales, (06H21 heures de Paris), après une Route du Rhum menée tambour battant à 19,11 noeuds de moyenne (35,39 km/) dans des conditions atmosphériques particulièrement favorables.
Lionel Lemonchois, 46 ans, a coupé la ligne d'arrivée en Guadeloupe à 01H21 locales, (06H21 heures de Paris), après une Route du Rhum menée tambour battant à 19,11 noeuds de moyenne (35,39 km/) dans des conditions atmosphériques particulièrement favorables. — Christophe Simon AFP

Un temps fusée : sept jours, 17 heures, 19 minutes et six secondes pour rallier Saint-Malo et Pointe-à-Pître. Lionel Lemonchois (Gitana XI), 46 ans, doyen des skippers de multi de 60 pieds de la huitième édition de la route du Rhum, a atomisé ce lundi matin le record de l'épreuve. L'ancien, établi par Laurent Bourgnon en 1998, était de 12 jours, huit heures, 41 minutes et six secondes. Soit un tiers du temps gagné en huit ans. C'est un peu comme si en trois olympiades, le vainqueur du 100 mètres gagnait trois secondes ! Pour signer cet exceptionnel record canon, qui risque bien de tenir quelques temps, Lionel Lemonchois a su jouer avec des éléments exceptionnels et rendre sa victoire historique.

Lemonchois, mercenaire de haute volée depuis plus de vingt ans, signe avec fracas son entrée dans le gotha des marins de haute voltige. Explications.

Une météo exceptionnelle

En 2002, la précédente édition avait entamé le crédit de l¹aventure et de ces bolides: une flotte de 18 trimarans flinguée en 24 heures par une tempête dans le golfe de Gascogne, trois rescapés aux Antilles... Cette année, les bestiaux sont au moins aussi rapides et les faire avancer en solo reste un sport proche de la roulette russe. Mais à la différence de la précédente édition, des vents au portant (dans le dos) du début à la fin et une houle toute douce ont transformé la route en autoroute. D'ailleurs, les douze partants étaient encore en mer dimanche.

Une équipe à la pointe

La classe des grands multicoques de 60 pieds (18 mètres) n'a pas la faveur des sponsors : accusée de coûter trop cher pour peu de visibilité médiatique. Cela n'a pas empêché le baron Benjamin de Rothschild d'investir le «Team Gitana» (deux multis dans cette course dont le vainqueur) de Loïck Peyron (lire ce très informé post sur liens de Mer). Gitana est une affaire de pro qui ne veut rien laisser au hasard.

Un skipper expérimenté

Lemonchois connaît l'océan comme personne et ne compte probablement plus le nombre d'aller et retour entre les rives de l'Atlantique, le terrain de jeu du Rhum. Peu connu du grand public, réputé homme intègre, libre de ses choix et peu soucieux de gloire ou de publicité, cet ancien ramasseur de coquillages est pourtant un grand marin, qui s'est longtemps contenté de victoires en équipage comme «invité de luxe», ou préparateur pour les navigateurs les plus titrés. Ce qui lui a valu un surnom : «Le bon choix». «La victoire de Lionel va faire l'unanimité parmi les skippeurs, et c'est rare un gars qui fait l'unanimité dans un groupe de compétiteurs», assurait dimanche Thomas Coville, 3e au pointage du huitième jour de course.

Un moral d'acier et une prise de risque maximale

Mais si le rhumier normand affiche un CV long comme son mât, c'était quasiment sa première course en solitaire (il était de la partie de casse-bateaux de 2002) sur une telle bête de course. Et ça, ça le rend tout guilleret. Dans un de ses derniers coups fil à terre dimanche, il avait l'air jouasse de ceux à qui rien ne peut arriver : «Le bateau ne peut pas s'empêcher d'aller à 25 nœuds. C'est que ça a du caractère ces engins, ça fait un peu ce que ça veut ! Mais on s'entend plutôt pas mal ! Je ne pensais pas que cela aurait été aussi vite ! J'en suis désolé mais je n'ai pas l'intention de ralentir !»

Guerre des nerfs oblige, il a multiplié ce genre de coups de menton, tel un junior, tout en mettant les gaz, histoire de décourager les poursuivants :
«Lionel a fait une course exemplaire, jugeait Pascal Bidégorry (Banque Populaire), deuxième dimanche soir et vainqueur avec Lemonchois de la dernière route du Café. Je pense qu'au plus profond de lui, il est parti de Saint-Malo en se sentant imbattable. Il a ce petit plus qui fait que, parfois, on est intouchable. Moi, je n'étais pas venu pour prendre de tels risques ». Franck Cammas, quelques heures auparavant: «Depuis notre départ de Saint-Malo, le rythme est très élevé en terme de prise de risques autour de moi. Je trouve que d'entrée certains allument fort!». «Pour gagner des courses de nos jours, il faudra être plus extrême que je ne l'ai été, estimait Thomas Coville, il faudra savoir se mettre au-delà du mode normal sur une course aussi courte».

Johan Hufnagel