Saddam condamné, réactions contrastées

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Saddam Hussein et ses sept co-accusés sont jugés pour le massacre de 148 villageois chiites après une attaque du cortège présidentiel en 1982 à Doujaïl, au nord de Bagdad. Ils risquent la peine de mort mais plaident non coupables.
Saddam Hussein et ses sept co-accusés sont jugés pour le massacre de 148 villageois chiites après une attaque du cortège présidentiel en 1982 à Doujaïl, au nord de Bagdad. Ils risquent la peine de mort mais plaident non coupables. — David Furst AFP/Pool/Archives

La secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, a estimé que la condamnation à mort est "un heureux rappel lancé à tous les Irakiens que l'autorité de la loi peut prévaloir sur celle de la peur". "Le gouvernement des Etats-Unis et le peuple américain félicitent ces courageux Irakiens, qu'ils soient juges, procureurs ou avocats de la défense, qui continuent à oeuvrer chaque jour au nom de la justice, de la démocratie et de l'Etat de droit en Irak".

Le vice-président du Venezuela, Vicente Rangel, a réagi en ces termes : "Je viens d'apprendre la nouvelle sur la condamnation de Saddam Hussein. Ce que j'ai à dire, c'est: 'Quand va-t-on établir un tribunal pour juger George W. Bush ?' C'est lui la cause, selon des rapports d'universités nord-américaines, de la mort de 700.000 Irakiens et de plus de 3.000 soldats américains. Ce monsieur mérite qu'un tribunal le juge pour génocide et crimes contre l'humanité".

Le secrétaire d'Etat du Vatican, le cardinal Tarcisio Bertone, a refusé de commenter la condamnation à mort.

La présidence finlandaise de l'UE a appelé l'Irak à ne pas appliquer la peine de mort. "La présidence rappelle la position de l'Union européenne contre la peine de mort. L'UE est opposée à la peine capitale dans tous les cas et dans toutes les circonstances et appelle à ne pas l'appliquer dans le cas présent. Au cours des dernières années, l'Union européenne a condamné de manière systématique les violations extrêmement graves des droits de l'homme et du droit humanitaire international commises par le régime de Saddam Hussein".

Le Danemark, membre de la coalition dirigée par les Etats-Unis en Irak, a salué la fin du premier procès contre Saddam Hussein. "L'Irak a conduit ce procès de manière indépendante. C'est une bonne chose que le processus touche à sa fin. Cela donne l'espoir que l'Irak ferme un chapitre de son histoire", a déclaré le ministre danois des Affaires étrangères, Per Stig Moeller. "Nous encourageons l'établissement de la démocratie et un système judiciaire légal en Irak, mais nous ne soutenons pas la peine de mort, ce qui a été plusieurs signifié au gouvernement irakien. Du côté danois, nous n'apportons pas notre soutien à ce tribunal spécial.

L'organisation de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch (HRW) a estimé que le procès de Saddam Hussein "a échoué à établir un compte-rendu indiscutable des faits et un sens de la responsabilité dans ce qui est arrivé. Cela a été une occasion ratée de donner un sens à la règle de droit et une perte pour les victimes dans la mesure où le procès et le verdict ne résisteront pas à l'épreuve du temps. L'organisation dit attendre toujours les détails du jugement pour voir dans quelle mesure les accusations et les verdicts avaient été mis en liaison avec les preuves. Elle a regretté en outre le caractère uniquement irakien du procès, estimant que des juges internationaux auraient dû être impliqués dans le procès, aux côtés de leurs collègues irakiens. "On ne pouvait s'attendre à ce qu'un tribunal exclusivement irakien mène des procédures d'une telle complexité. Cela a été une erreur d'avoir fait reposer cette affaire exclusivement sur les épaules du système judiciaire irakien qui n'était pas bien préparé à assumer le fardeau d'un procès équitable et impartial".

"Nous préférons ne pas rendre publique notre position car elle pourrait être utilisée par les rebelles en Irak qui tentent d'impliquer Israël dans le conflit", a déclaré sous couvert de l'anonymat un haut responsable du ministère israélien des Affaires étrangères, qui s'exprimait sous le couvert de l'anonymat.

"La France prend acte, au terme du procès de Saddam Hussein, de la sentence prise par la justice irakienne. Cette décision appartient au peuple irakien", a déclaré le ministre français des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy. "Dans le climat de violence que connaît actuellement l'Irak, j'espère que cette décision n'entraînera pas de nouvelles tensions et que les Irakiens, quelle que soit leur appartenance communautaire, sauront faire preuve de retenue", a-t-il ajouté. Il a rappelé la position de la France, "et au-delà, de l'Union européenne" hostiles à la peine de mort, "une position constante en faveur de son abolition universelle". M. Douste-Blazy a ajouté que la France devra, avec ses partenaires européens, "définir prochainement les modalités pour faire connaître cette position aux autorités de Bagdad".

L'Iran accueille favorablement la sentence de mort prononcée contre Saddam Hussein, a déclaré dimanche le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Mohammad Ali Hosseini. Il a ajouté que "même si Saddam et ses complices sont ceux qui ont commis ces crimes, on ne doit pas oublier que les protecteurs occidentaux de Saddam, en le soutenant, ont préparé le terrain pour leur exécution".

Le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki a estimé que la condamnation à mort de Saddam Hussein "rend justice aux familles de Doujaïl et à toutes celles qui ont subi l'injustice du dictateur. La condamnation à mort de Saddam Hussein marque la fin d'une période noire de l'histoire de ce pays et en ouvre une autre, celle d'un Irak démocratique et libre".

Le haut-commissaire de l'ONU chargée des droits de l'homme, Louise Arbour, a appelé dimanche le gouvernement irakien à observer un moratoire de l'exécution de Saddam Hussein. Mme Arbour indique que "ceux qui ont été condamnés aujourd'hui doivent avoir la possibilité d'épuiser toutes les voies de recours, et quelle que soit l'issue de l'appel, j'espère que le gouvernement irakien va prononcer un moratoire des exécutions". Mme Arbour a demandé aux autorités irakiennes que "soit pleinement respecté le droit de recours des personnes accusées et condamnées aujourd'hui par le Haut Tribunal pénal".
"Un procès d'appel crédible est une partie essentielle des garanties d'un procès juste et équitable", et ceci est particulièrement important pour cette instance, où la peine de mort a été décrétée".

Le Hamas palestinien a regretté le verdict. "En tant que peuple palestinien, nous soutenons quiconque soutient notre peuple et le président Saddam Hussein était l'un d'entre eux. Tous ceux qui soutiennent les Palestiniens sont combattus" par les Etats-Unis, a déclaré le porte-parole du Hamas, Fawzi Barhoum. "Il n'y a pas eu de procès juste et ceux qui ont jugé sont ceux qui ont participé à l'affaire de la prison d'Abou Ghraïb et aux crimes en Palestine. Le procès s'est déroulé sous occupation américaine de l'Irak", a-t-il ajouté, condamnant un jugement à "deux poids, deux mesures".
Interrogée par l'AFP, la présidence de l'Autorité palestinienne n'a pas souhaité réagir.

Le chef de la diplomatie italienne Massimo D'Alema a "réaffirmé" dimanche "l'opposition de l'Italie" à la peine de mort . "Il est évident que la condamnation pour une personne qui a sur les mains le sang de crimes horribles contre l'humanité doit être sévère. Ceci dit, en ce qui me concerne, je ne peux que réaffirmer la contrariété et l'opposition de l'Italie concernant la peine de mort, en toutes circonstances. Sur le plan politique et sécuritaire, je crois en outre qu'il est nécessaire, dans une phase aussi délicate et critique de la transition démocratique et de la stabilisation en Irak, d'avoir une réflexion sur les conséquences que l'exécution de la sentence pourrait avoir en termes d'aggravation du climat de fortes tensions et d'affrontements civils qui déchirent le pays". Il a cependant souligné qu'il s'agissait "d'une décision prise par un organe judiciaire dans un pays qui a un gouvernement et un parlement élus démocratiquement, et qui décide donc de façon autonome même sur sa propre législation en matière pénale".

Le ministre britannique de l'Intérieur John Reid a estimé que la condamnation à mort de Saddam Hussein était la "décision souveraine d'une nation souveraine". "En un sens, ce verdict est l'expression ultime de la souveraineté de l'Irak. Les Irakiens sont maîtres de leur propre destinée et ils ont pris une décision aujourd'hui en tant que contrôleurs de cette destinée que je pense nous devrions tous respecter".
Interrogé pour savoir s'il approuvait la peine de mort prononcée, il a indiqué: "Je pense que nous avons nos opinions sur le sujet mais je ne suis pas sûr que nous ayons un rôle là-dedans".

Moscou a mis en garde contre les "conséquences catastrophiques" qu'aurait pour l'Irak la pendaison de Saddam Hussein, par la voix du président de la commission des Affaires étrangères du Parlement russe, Konstantin Kossatchev, du parti au pouvoir Russie unie. "Il est peu probable que cette condamnation à mort soit appliquée. C'est plutôt une décision morale", a cependant assuré ce responsable russe, le seul à réagir officiellement dans un premier temps. "Il est évident que cette condamnation à mort divisera encore un peu plus la société irakienne, les sunnites ne reconnaîtront pas cette sentence".

Le ministre turc des Affaires étrangères Abdullah Gül a appelé dimanche les Irakiens à ne pas interpréter la condamnation à mort de leur ancien dirigeant Saddam Hussein comme une porte ouverte au démantèlement du pays. Il a estimé que le verdict "devait réjouir le peuple irakien, qui a connu beaucoup de malheurs". "Nous accordons beaucoup d'importance à l'unité de l'Irak, et cette unité doit continuer", a cependant prévenu le ministre. "Nous constatons que des idées trompeuses, de fausses alternatives sont apparues ces derniers jours. Nous disons: ne considérez surtout pas cela comme une alternative car cela va plonger le pays dans le chaos et alors les pays voisins commenceront aussi à changer d'attitude".

La Maison Blanche se félicite de la condamnation à mort prononcée contre Saddam Hussein, a annoncé dimanche le porte-parole de la présidence américaine, Tony Snow. "Vous avez maintenant la preuve absolue qu'il y a un système judiciaire indépendant en Irak", a dit M. Snow sur la chaîne de télévision NBC.

Le ministre irlandais des Affaires étrangères, Dermot Ahern, "salue la fin de ce long processus légal contre Saddam Hussein. L'Irlande ainsi que les autres Etats membres de l'Union européenne ne sont pas en faveur de l'utilisation de la peine de mort.

Le guide spirituel des Frères musulmans, Mohammad Mehdi Akef, a estimé que "Saddam Hussein a, sans nul doute, été un tyran et un despote qui a porté de graves atteintes à l'Irak et à son peuple et a engendré la situation désastreuse dans laquelle se trouve l'Irak actuellement. Mais, que valent tous les crimes commis par Saddam durant sa vie criminelle par rapport aux crimes commis par les occupants et ceux qui les aident: rien!. Nos dictateurs ne tirent aucune leçon. S'ils ne craignent même pas Dieu, ils ne craindront par conséquent aucun verdict. Nos dirigeants sont des tyrans. S'ils tiraient des leçons de l'Histoire, ils auraient donné la liberté à leurs peuples".

L'actuel président irakien, Jalal Talabani, s'est refusé à tout commentaire, qui selon lui "pourrait être vu comme une ingérence dans les affaires de la cour", puisque les condamnés peuvent encore faire appel.

L'ambassadeur des Etats-Unis en Irak, Zalmay Khalilzad, a estimé que ce "jour marquait une étape importante pour l'Irak, qui vient de franchir un nouveau pas vers la construction d'une société libre fondée sur le respect de la loi. Le verdict du Haut tribunal pénal à l'encontre de Saddam Hussein et ses sept co-accusés montre la détermination du peuple irakien à les tenir pour responsables de leurs actes. Les juges, procureurs et avocats de la défense ont tous fait preuve dans ce procès de courage face aux tentatives d'intimidation. Un ancien dictateur craint par des millions de personnes, qui a fait massacrer ses propres compatriotes sans pitié ni souci de justice, qui les a entraîné en guerre contre les pays voisins, a été traduit en justice dans son propre pays. Même si les Irakiens vont devoir faire face à des temps difficiles dans les prochaines semaines, tourner la page de Saddam et de son régime est une opportunité pour s'unir et construire un avenir meilleur".

L'organisation de défense des droits de l'Homme, Amnesty International, a déploré la condamnation à la peine de mort. Ce dossier a été "une affaire glauque, marquée par de graves failles qui remettent en question la capacité du tribunal, tel qu'il est établi actuellement, à administrer une justice juste, en conformité avec les standards internationaux", a déclaré Malcolm Stuart, directeur du programme pour le Moyen-Orient et l'Afrique du nord. Selon lui, "ce procès aurait du être une contribution majeure à l'établissement de la justice et de l'autorité de la loi en Irak, et à assurer la vérité et la responsabilité des immenses violations des droits de l'Homme perpétrées par le régime de Saddam Hussein".

L'avocate libanaise Bouchra Khalil, membre du comité de défense de Saddam Hussein, a qualifié d'illégal le verdict. "Nous savons qu'il s'agit d'une cour politique. Elle a été instituée pour des raisons politiques et pour servir les intérêts américains, c'est pourquoi nous ne pouvons pas nous attendre à ce qu'elle prononce un verdict légal". Elle a appelé à la formation d'une "commission américaine qui se rendrait à Bagdad pour enquêter".

La fille aînée de Saddam Hussein, Raghad, qui réside en Jordanie, "n'a pas de commentaire pour le moment", a indiqué le bureau de défense de Saddam.
Le ministre des Affaires étrangères suédois, Carl Bildt, s'est dit satisfait que l'ancien président irakien Saddam Hussein ait eu à répondre de ses crimes tout en regrettant la peine de mort. "Je suis désolé que l'Irak ait choisi de ne pas abolir la peine de mort. La position de la Suède et de l'Union européenne à ce sujet est parfaitement connu et notre désapprobation de la peine de mort ne souffre aucune exception". Il a néanmoins estimé qu'"il était très satisfaisant que Saddam Hussein ait été reconnu responsable de ses crimes. Il est très important que ceux qui portent la plus grande responsabilité des crimes contre l'humanité soient désormais responsables de leurs actes".

Le ministre chinois des Affaires étrangères, Li Zhaoxing, a estimé que la condamnation à mort était "le problème des Irakiens". "Nous souhaitons au peuple irakien de pouvoir jouir de la paix, de la stabilité et du développement", a simplement ajouté le ministre chinois.

La ministre britannique des Affaires étrangères, Margaret Beckett, a salué "le fait que Saddam Hussein et les autres accusés ont été présentés devant la justice et ont eu à rendre compte de leurs crimes. Des crimes épouvantables ont été commis pendant le régime de Saddam Hussein. Il est juste que ceux qui ont été accusés d'avoir commis de tels crimes à l'encontre du peuple irakien soient présentés devant la justice irakienne".

Au Nigeria, la plus haute institution islamique a mis en doute l'impartialité du tribunal. Saddam Hussein "était un personnage terrible, mais il avait droit à un procès équitable pour que justice soit faite", a déclaré le secrétaire général du Conseil suprême nigérian des affaires islamiques.