« Pas de regrets ? »

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Les exportations françaises de vins et de spiritueux ont progressé de 2,2% en 2005, à 7,74 milliards d'euros, après une année de baisse, grâce notamment à la hausse des expéditions de cognac (+9,3% en valeur), a annoncé lundi la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux de France (FEVS).
Les exportations françaises de vins et de spiritueux ont progressé de 2,2% en 2005, à 7,74 milliards d'euros, après une année de baisse, grâce notamment à la hausse des expéditions de cognac (+9,3% en valeur), a annoncé lundi la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux de France (FEVS). — Patrick Bernard AFP/Archives

Lorsque la Mairie de Paris vide ses caves, les amateurs de grands vins sont au rendez-vous. Du connaisseur au curieux, le Crédit Municipal, qui abritait ce vendredi la première journée de vente aux enchères des cinq mille bouteilles, fait salles combles. Les aspirants acheteurs sont Français, Américains, Japonais, Chinois, les costumes-cravates côtoient les jean’s délavés.
La vente attaque avec un lot de six bouteilles de Château Lafite Rothschild, cuvée 1998, estimé à 900€. Un prix de départ jugés « standard » par les connaisseurs. Le lot part à 1500€. Les suivants, identiques, s’envolent à 1800€. Difficile dans ces conditions d’espérer remporter une bouteille avec 80€ en poche. Un rapide coup d’œil au catalogue laisse d’ailleurs présager que la récolte sera maigre : seuls dix lots, sur les 400 proposés vendredi, commencent aux environs de 50-60€. La quarantaine peu fortunée, un amateur arrache lot de six bouteilles de Château Lafite Rothschild à… 900€ pour une mise à prix de départ à 600. « C’est mon petit plaisir », glisse-t-il en souriant. Un plaisir à 150€ la bouteille. Ses papilles apprécieront.
Le commissaire-priseur, lui aussi, est aux anges, ménageant savamment le suspense avec une phrase rituelle (« pas de regrets ? »), avant de finalement abaisser son marteau pour adjuger la vente. Le crieur, chargé de prendre les enchères et de transmettre les tickets aux acheteurs ayant remporté un lot, s’agite dans tous les sens. Dépassé par le rythme effréné de la vente, il sera d’ailleurs rappelé à l’ordre plusieurs fois : « Vous êtes où là ? Faut suivre un peu ! » La vente s’intensifie encore, les crieurs pressent le pas. Au bout d’une heure, le commissaire-priseur n’en peut plus : « Réveillez-vous ! Nous sommes à 90 lots/l’heure, à ce rythme, on est là jusqu’à ce soir ! » Au bout de deux heures, il réclame une chaise. Il s’assoit et les prix grimpent. Si les 100 premiers gagnaient en moyenne un tiers de leur estimation, les suivants doublent, voire triplent leur valeur. Un murmure de désapprobation admirative parcourt la salle lorsque six bouteilles de Château Mouton Rothschild 1986 passent de 900 à 2800 €. Une cuvée de 1989 s’arrache même 3600€ !
Le grand étourdissement arrive quand une bouteille de Romannée-Conti (1986), mise à prix à 1500€, est adjugée à un collectionneur américain pour… 5000€ !
Le commissaire-priseur parle de record et invite la salle à applaudir la star du jour. C’était le 208è lot, moment choisi pour s’éclipser, sur la remarque amusée d’un acheteur sans le sou : « Ça au moins, c’est pas de la piquette ! »

Sandrine Cochard