Décès de François Jaffré, 105 ans, un des six derniers poilus

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Décédé à l'âge de 105 ans, François Jaffré, l'un des six derniers vétérans de 14-18, avait failli ne pas figurer dans la liste des survivants de la Grande guerre, sa trace ayant été perdue par l'Office national des anciens combattants (Onac).
Il s'est éteint vendredi dans la maison de retraite Les Aulnettes à Viroflay (Yvelines) où il s'était installé en 1997.
Interrogée par l'AFP, une responsable de l'établissement a précisé que les obsèques de François Jaffré devaient se dérouler mardi "en banlieue parisienne dans la plus stricte intimité à la demande de la famille".
Il était le benjamin des six survivants de la Grande guerre, regroupés sous le terme de "poilus" donné à l'origine aux soldats de l'armée de terre, et le dernier marin du conflit.
Né le 28 mai 1901 à Inguiniel (Morbihan) dans une famille de cinq enfants et orphelin de mère à 14 ans, François Jaffré s'engage à 15 ans comme mousse sur le navire-école l'Armorique avant de signer le 5 septembre 1917, à l'âge de 16 ans, un engagement pour dix ans dans la Royale.
Son livret militaire recense deux campagnes de guerre dans l'Atlantique, comme opérateur radio à bord de contre-torpilleurs chargés de protéger les convois américains vers l'Europe des U-boote allemands.
Après la guerre, il est affecté à Alger et à Bizerte et navigue comme chef opérateur de radio, notamment sur le Bouclier, le contre-torpilleur le plus rapide du monde (35 noeuds, 67 km/h) à l'époque.
Il pose son sac à terre le 5 septembre 1922, son contrat ayant été abrégé, et entame une longue carrière civile. Il quitte sa Bretagne natale pour Paris où il rencontre sa future femme, une Bretonne qui lui donnera trois enfants.
D'abord comptable dans une entreprise, il intègre en 1929 la police judiciaire du 36 quai des Orfèvres dont il sera inspecteur. La période de l'Occupation lui vaudra une incarcération à la prison de la Santé, épisode qu'il racontait volontiers il y a encore quelques semaines dans sa maison de retraite.
Dès 1945, grâce à son expérience militaire de radio et de décryptage, il est affecté au service du chiffre au Mont Valérien puis au Service de documentation extérieure et de contre-espionnage SDECE (actuelle DGSE) de la Porte des Lilas.
Retraité à 65 ans, mais de santé robuste, puisqu'il continue alors à tourner régulièrement à vélo autour du champ de course de Longchamp, il reprend dans la foulée son métier de comptable chez ICL Computer jusqu'à sa retraite définitive à 71 ans, après 56 années de carrière.
En 1997, il quitte son domicile parisien pour Les Aulnettes mais son dossier administratif d'ancien combattant ne le suit pas. Il sera finalement réintégré dans les listes de l'Onac au début de l'année 2006.
Il avait été fait chevalier de la Légion d'honneur en 1996.
Le doyen des cinq poilus survivants est Maurice Floquet, 111 ans, qui vit dans le Var et qui est probablement le plus ancien combattant au monde.