5 ans après, une revue de presse mondiale

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"O combien émouvantes mais vieillies apparaissent aujourd'hui les images d'un monde brièvement uni dans la solidarité" au lendemain de l'effondrement du World Trade Center, écrit le quotidien britannique The Independent. "La poignée des mini-triomphes depuis 2001" ne font pas le poids face aux "récents revers en Afghanistan, au carnage dans l'Irak non kurde, au progrès du Hezbollah au Liban..."

Admettant la "noblesse" des intentions américaines, le Times souligne "l'incompétence parfois" de leur exécution, ce qui a eu "un énorme coût pour la réputation des Etats-Unis et sa capacité à poursuivre ses objectifs sur la scène mondiale".

Le Daily Mirror parle de l'"échec" de la guerre contre le terrorisme, rappelant que "Al-Qaïda reste une menace potentielle et Ben Laden est en fuite".

"Cinq ans après, nous ne sommes pas plus près du but", tranche le Daily Telegraph, tandis que le Financial Times juge que "la manière avec laquelle l'administration Bush a foulé aux pieds les lois internationales et la convention de Genève (...) a non seulement eu de graves répercussions sur la réputation de l'Amérique mais, plus largement, sur le pouvoir d'attraction des valeurs de l'Occident". 

George W. Bush "a réussi le tour de force de réduire à néant l'immense élan de compassion et de solidarité qui s'était manifesté après le 11 septembre à travers le monde", accuse le quotidien français de gauche Libération, qualifiant de "désastreux" le leadership du président américain.

Le Figaro (conservateur) reconnaît des "erreurs" mais condamne les "partisans de l'immobilisme" "qui en viennent presque à préférer l'ancien dictateur de Bagdad au locataire de la Maison-Blanche". "La guerre contre le terrorisme (...) doit rester totale", tranche le quotidien français.

Le quotidien espagnol El Pais (centre-gauche) accuse George W. Bush d'avoir "utilisé" les attentats pour son "propre programme +neocon+ (néo-conservateur)".

Le quotidien allemand des affaires Handelsblatt
prend en particulier pour cible la guerre en Irak, "basée sur des fausses affirmations" et qui "n'avait rien à voir avec le terrorisme d'Al-Qaïda".

En Italie, La Stampa souligne que la "guerre contre le terrorisme" a déjà duré "plus longtemps que la Première Guerre mondiale et un peu moins que la Seconde", mais que "aucune victoire n'est en vue".

Même constat en Inde, où le Hindustan Times estime que "le terrorisme islamiste est revenu à ce qu'il était avant le 11 septembre".

Le Moyen-Orient est sans surprise encore plus dur. La politique de George W. Bush "n'a pas procuré la sécurité aux Américains (...) et a placé le monde entier dans le chaos", accuse le journal Al-Khaleej des Emrirats arabes unis.

"Le résultat de la guerre contre le terrorisme (...) c'est qu'un pays comme l'Irak, par exemple, s'est transformé en vivier du terrorisme (...) et que l'Afghanistan est devenu un champ ouvert à des affrontements sans fin", écrit Al-Watan d'Arabie saoudite.

Le Al-Ghad de Jordanie stigmatise la "mentalité de vengeance (...) qui a transformé le monde entier en champ de bataille".

La presse afghane ne consacrait peu de place à l'anniversaire. Parmi les rares journaux l'évoquant, le quotidien anti-taliban Rah-i Nijat se fait le relais de théories de complot qui mettent en doute la véracité de la version officielle des événements. "Les Américains ne savaient-ils vraiment rien à l'avance ?", s'interroge le journal.

En Chine, le Quotidien du Peuple, organe du Parti communiste, qualifie de "réponse erronée" la politique américaine, "en particulier la guerre en Irak".

L'Australie, également "cible" de l'islamisme radical, souligne que "l'incapacité à capturer Ben Laden reste un échec patent", selon le journal Australian.

The Age rappelle cependant que, même s'il n'y "pas de discussion sur le besoin des autorités de pénétrer en profondeur les vies des terroristes, le potentiel d'aller trop loin est énorme et inquiétant".

Le New Age du Bangladesh rappelle ainsi que, après les attentats de Londres du 7 juillet 2005, des musulmans ont été victimes d'agressions. "Ce genre de réaction perverse ne fait que servir le dessein des terroristes qui est (...) d'affaiblir la tolérance et l'harmonie".