Avis de tempête socialiste sur La Rochelle

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Preuve de cette tension, la plupart des "éléphants" du PS, dont son compagnon François Hollande, ont snobé le discours inaugural de la favorite des sondages, Ségolène Royal. Ainsi de Laurent Fabius, Jack Lang qui, a dit son entourage, avait "un autre rendez-vous", ou Dominique Strauss-Kahn qui "préparait" son discours.
Preuve de cette tension, la plupart des "éléphants" du PS, dont son compagnon François Hollande, ont snobé le discours inaugural de la favorite des sondages, Ségolène Royal. Ainsi de Laurent Fabius, Jack Lang qui, a dit son entourage, avait "un autre rendez-vous", ou Dominique Strauss-Kahn qui "préparait" son discours. — Fred Dufour AFP

La guerre des egos a bien eu lieu. Hier, la première journée des universités d’été du PS à La Rochelle a vu s’affronter par discours interposés, les différents candidats à l’investiture pour 2007. S’ils ont pris soin de ne pas se croiser sous l’œil des journalistes, Ségolène Royal, Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn, les trois prétendants déclarés, se sont largement commentés. Temps forts de la journée.

La star Ségolène

« Je l’ai vue, c’est vrai qu’elle a de la classe », lance, ravi, le mari à son épouse, au passage de Ségolène Royal. Les éléphants ont eu beau la priver de discours final demain, la favorite des sondages a quand même été hier la star de l’université d’été de La Rochelle. Après une arrivée médiatique digne du festival de Cannes, la présidente de la région Poitou-Charentes s’est payé le luxe de prononcer le discours d’ouverture devant une salle pleine à craquer. Micro à la main, Ségolène a arpenté pendant une heure la scène, sans notes mais toujours avec le même discours. Au menu, « la France socialiste des régions » comme laboratoire de sa future politique nationale en cas d’arrivée à l’Elysée. « Ce que nous avons réussi en Poitou-Charentes, nous pouvons le réussir au plan national », a-t-elle glissé, tout sourire. Et Ségolène, elle fait dans le concret de terroir. Son bilan : la gratuité des livres scolaires, le TER à 1 €, la gratuité du permis de conduire pour les jeunes reçus au CAP… Rien sur les grandes questions économiques et internationales. De quoi faire enrager ses concurrents, qui comme Jean-Luc Mélenchon, soutien de Laurent Fabius, regrette que « le people ait remplacé la raison politique ».

La cure de jouvence de Fabius

Les fabiusiens, à défaut des sondages, ont au moins le sens de la formule avec eux. Hier, Laurent Fabius a rodé les siennes devant les Jeunes socialistes. Il était le premier des candidats à l’investiture à s’exprimer devant le MJS – tous y passeront ce week-end, sauf Ségolène Royal, « elle a refusé le principe du débat avec questions-réponses », explique un responsable du mouvement de jeunesse. « Voici mon projet et non pas mon projet, c’est Voici », plaisante l’ex-Premier ministre, toujours fortement distancé par Ségolène Royal dans les sondages. Face à un auditoire poli et peu agressif, il a juré « avoir tiré les leçons de l’expérience gouvernentale de la gauche ». Avec comme résultat, une « conviction » : « on ne gagnera pas si notre ligne politique n’est pas clairement à gauche ». Un discours sans surprise, égrenant un Smic augmenté de 100 € « immédiatement » en cas d’élection, « 120 000 logements sociaux » construits, et l’élaboration d’une « Europe plus sociale ».

DSK ou JFK ?

Dominique Strauss-Kahn, lui, a davantage surpris et séduit son auditoire. Hier soir, dans un cloitre de La Rochelle – « la plus grande salle de la ville », s’empresse-t-il de préciser – DSK a joué à JFK. Meeting à l’américaine retransmis en direct sur LCI, pas de pupitre ni d’estrade, mais Strauss-Kahn, arrivé sous les vivats au bras d’Anne Sinclair, qui passe entre les travées micro à la main pour présenter sa « conception de la présidence de la République ». « Je suis le candidat de la conviction », lance-t-il, expliquant que son job est de « donner un nouveau souffle au pays ». Contrairement à Ségolène Royal ou Laurent Fabius, lui, récuse une « présidence mitterrandienne » et défend « une voie nouvelle » avec un chef de l’Etat « qui gouverne vraiment ». Charmeur, l’air du prof de fac sympa et accessible, il donne un cours magistral sur « la France qui vit », parlant des « ouvriers sans voix » comme de « l’économie de la connaissance », de la recherche et de l’Europe. « Si vous voulez m’aider, nous pouvons commencer ensemble à changer la vie », conclue-t-il, ses partisans lui répondant au cri de « Dominique président ! ».

L’heure de Jospin

Le moment le plus attendu de la journée est l’intervention, cet après-midi, de Lionel Jospin devant les jeunes du MJS. L’ancien retraité de la politique, de nouveau « disponible », a expliqué hier dans le Monde qu’il ne venait pas à La Rochelle « pour faire (sa) rentrée politique ». « Je ne déclarerai pas ma candidature », prévient-il. Mais il la prépare. Devant les jeunes socialistes, il devrait revenir sur sa défaite du 21 avril 2002 et son retrait dans la foulée de la vie du Parti. « C’est la première étape, celle de la confession publique, avant celle de la candidature interne », estime un responsable socialiste. Et si Jospin revient, c’est avant tout pour faire barrage à Ségolène Royal. « Je n’ai pas envie que soit balayé ce pour quoi je me suis battu toute ma vie », a-t-il glissé dans le Monde. Le ton est donné.

A La Rochelle pour 20minutes.fr, Bastien Bonnefous