"Je déplore les arrières-pensées politiques de Nicolas Sarkozy"

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Interview de Christian Favier, président (PC) du conseil général du Val-de-Marne

Quelle est l’histoire de ce squat ?

C’est le troisième été que les familles passent ici, mais ça ne veut pas dire qu’ils viennent d’arriver en France, certains sont là depuis trente ans. Il y a eu des négociations entre la préfecture et les comités de familles, mais rien n’a abouti. Il y a un an, un étage du bâtiment avait déjà été évacué. Ils ne veulent pas rester là, mais qu’on leur trouve une solution de relogement.

Comment expliquez-vous que cette expulsion arrive aujourd’hui ?
Le ministère de l’Intérieur prend une décision brutale, pendant la semaine la plus creuse de l’année, ce n’est pas sans arrière pensée politique. Il veut montrer à son électorat qu’il peut être ferme, et qu’il est en capacité de faire évacuer les plus grand squat de France. Et il profite qu’à cette période, les associations aient beaucoup de mal à se mobiliser.

Qui vous a tenu au courant de l’évacuation ?
Le bruit courrait en interne qu’elle était imminente. J’ai été averti par des militants associatifs. Vers 5h, les membres du réseau éducation sans frontière (RESF) étaient déjà sur place. Et à 9h, la police est arrivée et a bouclé le quartier.

Comment ont-ils procédé ?
Ils ont entamé un recensement des habitants du squat chambre par chambre. Selon nous, ils étaient 800, dont 200 enfants.

Que va-t-il advenir d’eux ?
En fonction des situations, certains vont dans des hôtels. 300 chambres sont été réservées à cet effet à Paris, dans le Val-de-Marne, l’Essonne, le Val d’Oise et les Hauts-de-Seine. Elles leurs seront payées pour un mois. Après, on ne sait pas ce qu’il adviendra d’eux. Pour d’autres, dont nous sommes sans nouvelles, nous craignons qu’ils ne soient emmenés vers des centres de rétention. Plusieurs dizaines de places y ont été libérées à cet effet selon le ministère de l’Intérieur, certainement pour ceux qui sont déjà frappés d’arrêtés de reconduite à la frontière. À partir de là, ils nous échappent, nous ne pourrons plus rien faire pour eux. Ils sont totalement sous le contrôle de la police.

Recueilli par Magali Gruet