Londres : l'enquête révèle un projet d'attentats sophistiqué

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BAA gère sept aéroports en Grande-Bretagne, dont celui d'Heathrow dans l'ouest de Londres, et a des parts ou des activités dans une douzaine d'autres, en Europe, en Australie et aux Etats-Unis.
BAA gère sept aéroports en Grande-Bretagne, dont celui d'Heathrow dans l'ouest de Londres, et a des parts ou des activités dans une douzaine d'autres, en Europe, en Australie et aux Etats-Unis. — Carl de Souza AFP

Des détails commencent à émerger sur le complot visant à détruire en vol une dizaine d’avions qui a été déjoué jeudi en Grande-Bretagne. Pour les Britanniques, il s’agit à la fois d’une réminiscence des attentats de Londres du 7 juillet 2005, qui avaient fait 52 morts et des centaines de blessés dans le métro et un bus, et des attaques du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Ceux déjoués ces jours-ci à Londres étaient d’une ampleur équivalente puisque près de 3000 personnes se seraient trouvées dans les avions – en général pleins – visés dans ces attentats.

L’enquête. Selon diverses sources citées par la presse anglaise et américaine (lire notre revue de web) l’opération était imminente, puisque ce serait un « go » en provenance du Pakistan qui aurait poussé la police britannique et le MI5 (l’équivalent de la DST française) à agir alors que l’enquête était loin d’être close. Apparemment, plusieurs dizaines de personnes étaient sous une surveillance étroite depuis plus d’un an, et l’action projetée ces jours-ci auraient impliqué trois cellules indépendantes. On ignore si les enquêteurs sont parvenus à les démanteler toutes. Mais il est vraisemblable que la décision prise dans la nuit de mercredi à jeudi de faire passer le niveau d’alerte de « grave » à « critique » soit le signe que des terroristes liés à ce projet soient encore en liberté. 24 arrestations ont été effectuées dans le cadre de cette enquête, mais ce projet d’attentats aurait impliqué une cinquantaine de kamikazes.

Les explosifs. Ils constituent la grande nouveauté de l’alerte de ces dernières 24 heures. La première mesure prise au Royaume-Uni a consisté à interdire l’embarquement de toute forme de liquide à bord des avions. Il semble que les suspects aient eu l’intention de recourir à des explosifs liquides dont chaque composant aurait été dissimulé dans des contenants inoffensifs comme des flacons de shampoing ou solutions pour lentilles de contact. La mise à feu de ce type de bombe ne nécessite qu’un détonateur électrique de faible puissance qui aurait pu être caché dans un lecteur MP3, un téléphone portable ou un ordinateur portable. La découverte de cette sophistication inquiète fortement tous les services de sécurité en charge de la sécurité des avions, partout dans le monde. Les interdictions imposées en Grande-Bretagne ont de fortes chances de se généraliser durablement sur toutes les destinations.

L’impact sur le trafic aérien. En raison de l’importance de l’aéroport de Londres, l’effet de l’alerte s’est répercuté dans toute l’Europe et aux Etats-Unis. British Airways a annulé à elle seule 300 vols, sur ses 550 dessertes quotidiennes depuis Heathrow, tandis que plusieurs autres centaines de vols vers ou transitant par le Royaume-Uni étaient annulés par les compagnies internationales. Les compagnies rappellent à tous les passagers à destinations des Etats-Unis qu’ils doivent s’attendre à des retards importants dus aux mesures de sécurité exceptionnelles.

Frédéric Filloux