Embauche des fumeurs : Bruxelles persiste, les syndicats inquiets

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Promises pour fin mars, des mesures visant à interdire de fumer dans les lieux publics devraient finalement être présentées ce mercredi par le ministre de la Santé Xavier Bertrand au Premier ministre Dominique de Villepin, maintenant que la crise liée au CPE paraît terminée.
Promises pour fin mars, des mesures visant à interdire de fumer dans les lieux publics devraient finalement être présentées ce mercredi par le ministre de la Santé Xavier Bertrand au Premier ministre Dominique de Villepin, maintenant que la crise liée au CPE paraît terminée. — Sophie Ramis AFP/Infographie

L'interprétation de la Commission européenne sur le droit à l'embauche des fumeurs, à qui des employeurs pourraient refuser du travail sans être taxés de discrimination, suscite inquiétude et incompréhension du côté des syndicats et même des opposants acharnés au tabac.

L'affaire est partie d'une annonce d'emploi d'une entreprise irlandaise indiquant noir sur blanc aux fumeurs qu'ils "devaient s'abstenir de postuler".
Interloquée, une députée européenne, la Britannique Catherine Stihler, a demandé au commissaire européen chargé de l'Emploi et des Affaires sociales, Vladimir Spidla, si la législation communautaire autorisait ce genre de pratiques.
Ce dernier lui a clairement répondu "qu'une annonce d'emploi disant que les +fumeurs devaient s'abstenir de postuler+" ne rentrait dans aucune des discriminations interdites par les textes communautaires, à savoir le sexe, l'orientation sexuelle, l'âge, le handicap, l'origine raciale et ethnique, ou encore la religion et les croyances.

"La Commission européenne a parfaitement raison de dire que les provisions du traité (européen) sur la non-discrimination ne disent rien sur les pratiques individuelles des fumeurs", a reconnu Tom Jenkins, conseiller du secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats (CES) John Monks.
Mais "je ne crois pas que parce que ce n'est pas dans le traité, on peut faire n'importe quoi", a-t-il ajouté, estimant qu'une telle interprétation pouvait ouvrir la porte "à n'importe quel abus".

Dans sa réponse à Mme Stihler, membre du parti travailliste au Royaume-Uni, le commissaire Spidla rappelle que la Commission "soutient fortement l'interdiction de fumer sur les lieux de travail", qui, selon elle, "protège la santé des fumeurs et des non fumeurs" et "aide les gens à arrêter de fumer".
C'est pourtant du côté des associations engagées dans la lutte contre le tabac que les réactions à sa prise de position sur l'embauche des fumeurs sont les plus virulentes.

"Nous n'avons jamais demandé ça, c'est aberrant, tout à fait inutile dans la lutte contre le tabagisme", fustige en France le professeur Gérard Dubois, président de l'Alliance contre le tabac. "Et, que va-t-il se passer si quelqu'un se met à fumer, ou se remet à fumer, on va le renvoyer ?".
Selon lui, dans l'Hexagone, on ne peut même pas poser la question lors de l'entretien d'embauche. "Un lieu sans fumée ne veut pas dire un lieu sans fumeurs. Des trains, des avions sans fumée ne veulent pas dire sans fumeurs à bord".
"Je suis pour une société sans tabac, mais du moment qu'un (fumeur) est dépendant, c'est compliqué. On ne va pas le mettre en situation où il ne peut pas travailler", renchérit en Belgique le docteur Luc Joris, à la tête de la fondation Rodin de lutte contre le tabagisme.
"C'est pousser un peu loin", poursuit-il, soulignant lui aussi les risques de dérapage. "Après-demain, on demandera aux consommateurs de bière, de champagne, de s'abstenir (de postuler)?".

Bruxelles n'est "pas contre le fait que des fumeurs trouvent du travail", nuance Katharina von Schnurbein, porte-parole de M. Spidla. Mais au regard de la législation européenne, on ne peut pas reprocher à un employeur de refuser un poste à un fumeur parce qu'il est fumeur, persiste-t-elle.