Vidéos steampunk, clips rétrofuturistes générés par l’IA… mais qui se cache derrière l’artiste « Alphonse Marcel » ?
D’ART DEVIL•Sous la signature « Alphonse Marcel », un artiste partage sur les réseaux ses images et films rétrofuturistes où tout le potentiel créatif de l’IA se réveille et se révèleChristophe Séfrin
L'essentiel
- Depuis 4 ans, « Alphonse Marcel » envahit les réseaux sociaux de ses créations façonnées grâce à l’IA.
- Images rétro futuristes, clips steampunk pour lesquels on croirait que Jules Verne a avalé ChatGPT, c’est un univers fascinant et attachant que se plaît à créer « Alphonse Marcel ».
- Derrière ce pseudo, c’est un pro du documentaire historique pour la télévision qui officie, mais aussi un vrai fan des outils créatifs qu’il apprivoise avec gourmandise depuis plus de 35 ans.
Vous avez peut-être croisé ses films d’animation entre passé et futur et ses images un peu désuètes sur les réseaux sociaux. Façonnant depuis plusieurs années un univers visuel fantastique et rétrofuturiste sous la signature Alphonse Marcel, cet artiste français qui évolue sous pseudo s’épanouit dans une IA générative décomplexée, dont les outils en perpétuelle évolution lui donnent des ailes. Mais qui se cache derrière Alphonse Marcel ? 20 Minutes s’est téléporté dans son monde.
Des documentaires historiques aux clips steampunk
Après des années à cliquer sur « J’aime » sur Facebook, ou à « Liker » ses créations sur Instagram, on s’était même abonné à sa chaîne YouTube. Il fallait bien que l’on finisse par lever le voile sur l’énigmatique « Alphonse Marcel ». Son univers steampunk élégant, ses créations rétrofuturistes dans un Paris 1900 où volent et flottent d’étranges moyens de transport que Jules Verne ne renierait pas… tout cela nous chatouillait la rétine et titillait notre curiosité ! Qui était-il ? On s’imaginait trouver derrière la signature Alphonse Marcel un petit jeune tombé encore en langes dans le chaudron de l’IA. C’est finalement un « vieux » briscard de la télévision qui s’est fait démasquer.
Auteur, réalisateur et producteur, celui qui se fait appeler Alphonse Marcel est avec sa boîte de prod à l’origine d’une foule de documentaires historiques. Particularité : « Mes films sont bourrés de nouvelles technologies, de 3D, d’effets spéciaux et d’images de synthèse », explique le réalisateur à 20 Minutes. Son truc, c’est donc de « raconter des histoires passées avec des outils du futur ».
Dans le chaudron de l’IA depuis quatre ans
Il a donc embrassé la 3D il y a 35 ans. Utilisé les ressources des imprimantes 3D il y a 8 ans (« pouvoir fabriquer par centaines les objets que j’avais créés en trois dimensions sur mon ordinateur a été une vraie révolution ! »). Et ouvert son compte Instagram Alphonse Marcel pour partager, voire vendre les plans de ses créations.
Il y a 4 ans, c’est l’IA qui lui est tombé dessus. Ou lui dedans. « J’ai trouvé ça génial ! Et quand j’ai compris ce qui arrivait, je me suis inscrit sur Midjourney (la plateforme de référence pour créer des images en 3D, largement utilisée par les artistes, les designers…) ».
Avec l’intelligence artificielle, notre réalisateur comprend d’abord le temps qu’il va pouvoir gagner pour créer. « Avec la 3D classique, il faut penser très en amont comment on va réaliser ses images. L’IA n’a rien à voir : on projette son idée sous forme de prompt (ligne de commande) ».
IA qu’à faut qu’on ? « Il y a des trucs à savoir, une philosophie de progression dans la fabrication de l’image qui fait qu’en fonction de l’ordre des prompts et des mots-clés utilisés, ça va créer quelque chose que l’on va remodifier, retravailler », précise le réalisateur.
350.000 images créées en 4 ans
En attendant de recourir à l’IA pour ses créations télévisuelles, celui qui se fait appeler Alphonse Marcel s’éclate avec sa « marque » de fabrique pour ses contenus steampunk. « J’adore tout le cinéma de Jean-Pierre Jeunet, des films comme Brazil de Terry Gilliam »… justifie-t-il. Insatiable, il consacre, en plus de son travail pour la télévision, un temps de dingue à l’IA : de 22h30 à 1h30 chaque jour, et tous les week-ends, samedi et dimanche compris. « J’ai toujours été comme ça, c’est dans ma nature, il n’y a rien de glorieux. Côté famille c’était le deal dès le départ. » Dont acte.
Pour Alphonse Marcel, il signe, comme boulimique, des images fixes (350.000 créées en 4 ans !), des petits clips de 2 à 3 minutes, comme le récent et génial Steampunk Circus qui nous entraîne sous un chapiteau où s’entrechoqueraient les univers des films The Greatest Showman, Moulin Rouge, et videmment La cité des enfants perdus.
Il a surtout signé Cosmic Love, un court métrage de 9 minutes sélectionné dans plusieurs festivals internationaux. Adaptée d’une BD qu’il avait créée il y a une dizaine d’années, cette histoire d’amour rétrofuturiste est une vraie bande démo de son savoir faire. Coût de production : 800 euros environ, contre… 80.000 euros pour un court métrage classique que le réalisateur avait signé il y a 2 ans… « L’IA va permettre à des petites chaînes, des petites sociétés de production, de proposer des films qu’elles ne pourraient pas faire autrement », explique le cinéaste.
Nos articles sur l'Intelligence artificielleDes « prompts » de 12 à 15 lignes
Bien sûr, il y a d’abord les bases. « Comme je suis aussi un réalisateur, je sais qu’il faut des plans larges, des plans serrés, des plans intérieurs et extérieurs… », rappelle-t-il. « Après, pour chaque clip, je crée avec l’IA des images (entre 200 et 300) sur lesquelles j’applique mes animations. » Il y a ensuite la technique. « Il faut d’abord des prompts de 12 à 15 lignes pour créer une image dans laquelle sont définis les personnages, les décors, les lumières, l’ambiance, le rendu (réaliste ou non, manga, comics…). Puis il y a les « seeds », soit des styles visuels que l’on peut décliner sur une quinzaine de niveaux. Sur Midjourney, Alphonse Marcel en a créé près de 500 qui lui permettent de « verrouiller » son style graphique. D’autres étapes suivent, comme la fabrication de la musique (avec l’IA Suno), etc.
Ses créations sont souvent étourdissantes, oniriques, poétiques. Belles.
Même si l’IA le déçoit parfois, aussi. « J’ai vu passer des personnages avec des yeux globuleux, un sénateur romain à l’époque de Néron avec des lunettes de soleil… Au niveau historique, l’IA reste pour le moment une catastrophe : elle ne peut pas créer quelque chose pour laquelle elle n’a aucune référence. Dans mon domaine du documentaire historique, je ne l’utilise encore que du bout des doigts », précise-t-il.
Vient le moment de la sempiternelle question sur tous ces métiers que l’IA va engloutir… « Quand j’ai commencé la 3D, c’étaient les mêmes critiques : que l’on allait tuer les acteurs, que l’on allait tuer le cinéma, qu’il n’y aurait plus de chef décorateur… ». Mais Alphonse Marcel sait bien qu’en marge de nouveaux métiers « générés » par l’IA, certains y laisseront des plumes. « J’ai beaucoup d’amis doubleurs qui font des grosses voix, comme celle de Brad Pitt ou de Keanu Reeves. Je comprends qu’ils aient peur. C’est vrai, pour ces métiers-là, ça va être très chaud. »



















