La Silicon Valley commence à s'inquiéter des effets néfastes des technologies

HIGH TECH Les entreprises tech ont l'habitude de chanter les louanges des ordinateurs et des smartphones, mais un nombre croissant d'entre elles reconnaît qu’il faut savoir déconnecter de temps en temps...

Anaëlle Grondin

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Près de trois foyers français sur quatre sont équipés d'au moins un ordinateur et lorgnent de plus en plus sur les tablettes multimédia, illustrant une tendance au "multi-équipement" qui se développe au sein des familles, selon une étude Médiamétrie et GfK publiée jeudi.
Près de trois foyers français sur quatre sont équipés d'au moins un ordinateur et lorgnent de plus en plus sur les tablettes multimédia, illustrant une tendance au "multi-équipement" qui se développe au sein des familles, selon une étude Médiamétrie et GfK publiée jeudi. — Emmanuel Dunand afp.com

Le New York Times met le doigt cette semaine sur un intéressant paradoxe. Les entreprises les plus influentes de la Silicon Valley comme Facebook, Google ou Twitter, se battent quotidiennement pour que les internautes privilégient leurs services et passent du temps sur leurs sites Internet afin d’engranger des bénéfices. Or, plusieurs leaders de ces mêmes entreprises s’accordent aujourd’hui à dire qu’il est parfois bon de mettre son smartphone, sa tablette ou son ordinateur sur «off».

Les conférences comme Wisdom 2.0 (Sagesse 2.0), qui s’interroge depuis 2010 sur le maintien d’un certain équilibre à l’ère numérique, se multiplient ces dernières années aux Etats-Unis. Les entreprises tech les plus connues y débattent des dangers d’être trop connecté. A la Silicon Valley, les technologies, d’habitude présentées comme la panacée, sont de plus en plus considérées comme trop puissantes et addictives, relève le New York Times. Les sonneries et notifications constantes créent un besoin maladif d’être connecté qui peut nuire à la productivité et plus largement aux interactions dans la vie quotidienne.

Des séances de méditation à la Silicon Valley

Stuart Crabb, responsable chez Facebook, sait que plus les gens passent d’heures sur le réseau social plus ce dernier gagne de l’argent, mais prévient: il faut se déconnecter de temps en temps. Il va même jusqu’à dire au journal américain: «Le public a besoin de se rendre compte des conséquences du temps passé en ligne sur ses performances et ses relations avec les gens».

Ainsi, beaucoup d’entreprises tech organisent des séances de méditation et mettent en place des exercices de respiration pour leurs employés, avec pour objectif de les aider à déconnecter, indique le New York Times. Chez Cisco, Padmasree Warrior, chef de la stratégie, explique qu’elle incite régulièrement les salariés à faire une pause. Elle raconte qu’elle médite elle-même tous les soirs et profite de ses samedis en faisant de la peinture et en s’adonnant à la poésie, le téléphone éteint. «C’est presque comme un redémarrage de votre cerveau et de votre esprit», observe cette responsable. Twitter aussi s’inquiète des effets néfastes des technologies sur ses ingénieurs. Michelle Gale, qui y travaillait encore récemment, a expliqué au journal américain qu’elle les coachait régulièrement pour éviter qu’ils ne deviennent accros à leurs gadgets. 

Quelle responsabilité pour les entreprises tech?

Même Google, qui possède YouTube et gagne de l’argent plus les internautes passent de temps à consulter des vidéos,  a affirmé que son business n’était pas de pousser les gens à avoir des comportements destructeurs. Richard Fernandez, qui travaille à Mountain View, a déclaré: «Les consommateurs doivent avoir une boussole interne qui leur permette de trouver l’équilibre entre les possibilités que la technologie leur offre et une bonne qualité de vie offline».

Ainsi, c’est aux internautes de se discipliner. C’est aussi ce que pense Eric Schiermeyer, co-fondateur de Zynga, l’entreprise de jeux en ligne («FarmVille», «CityVille»).  Il fait le parallèle avec la restauration rapide: pour lui, les fast-foods ne sont pas responsables de l’obésité. De la même manière, la Silicon Valley n’est pas responsable si les gens ne parviennent plus à lâcher leurs smartphones.

Scott Kriens, le président de Juniper Networks, spécialiste des infrastructures réseau, pense que cet attrait pour ces appareils est le reflet de notre désir primitif d’interaction, mais qu’il doit être maîtrisé. Il poursuit: «Une alternative serait de mettre moins de possibilités aux mains du public, mais c’est un mauvais compromis».

>> Et vous, pensez-vous parfois à déconnecter?  Si oui, éprouvez-vous des difficultés à y parvenir? Dites-le nous dans les commentaires ci-dessous.