Radios et télés relèvent le défi numérique

©2006 20 minutes

— 

TF1 plonge dans le grand bain numérique. La chaîne la plus regardée d'Europe a lancé hier Wat (www.wat.tv), une plate-forme de blogs « multisupport », disponible à la fois sur la Toile, les mobiles et les baladeurs numériques. Les utilisateurs de Wat – pour « We are talented » – sont invités à mettre en ligne leurs créations littéraires, musicales ou vidéo. Puis à les faire partager à la « communauté Wat », via des services intégrés d'e-mail, de messagerie instantanée et de téléphonie. Le modèle ? L'américain myspace.com, qui revendique 83 millions d'utilisateurs. Racheté en 2005 par Rupert Murdoch, magnat de la presse anglo-saxonne et détenteur de Fox TV, Myspace pourrait débarquer en version française cet été. Autre référence, Current TV, lancée en août dernier sur Internet par l'ex-vice président américain Al Gore. Un quart de ses programmes émane des internautes. « A la rentrée, nous devrions inaugurer, sur le câble, le satellite ou l'ADSL, une chaîne alimentée par les meilleures contributions, confirme François Collobert, cofondateur de Wat. Nous ciblons les 18-34 ans, qui consomment les médias de façon toujours plus émiettée. Et nous nous invitons sur leur télé, leur ordinateur, mais aussi dans leur poche grâce aux baladeurs et aux téléphones. »

Pour conforter son statut de leader, la Une fait donc le pari de la fragmentation. Mardi, elle a aussi annoncé l'acquisition de 20% d'Over-Blog, troisième plate-forme de blogs en France. « L'avenir appartient aux diffuseurs multiformes, note Vincent Colonna, du cabinet de conseil média Protagoras. TF1 pose les jalons, comme l'ont fait les radios avec le podcast. » Il y a un an, RTL permettait pour la première fois le téléchargement des « Grosses têtes » ou du « Grand jury ». Les autres stations ont suivi. Aujourd'hui, RTL, RTL2 et Fun Radio revendiquent 450 000 téléchargements par semaine, et Radio France 350 000. En tête du hit-parade des internautes fans du service public : « 2 000 ans d'histoire », le rendez-vous quotidien de France Inter, déjà téléchargé plus de 300 000 fois. Une paille face aux 40 millions d'auditeurs drainés chaque semaine par les radios. « Ces chiffres sont complémentaires, corrige Pascal Delannoy, directeur de Radio France Multimédia. Le transistor n'a pas disparu, mais on peut désormais écouter à New York “Sul gouel ha bemdez”, l'émission hebdomadaire en breton de France Bleu Armorique. Nous sommes enfin libérés des contraintes de temps et d'espace. »

Dan Israel