Free Mobile: Orange en dit plus sur les perturbations rencontrées sur le réseau

TÉLÉPHONIE an-Luc Vuillemin, patron du réseau de l'opérateur historique, confirme au «Figaro» et à «Challenges» que les hypothèses avancées pour expliquer les pannes sur le réseau Free Mobile sont les bonnes...

Anaëlle Grondin

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L'offre d'abonnement au mobile sur le site Internet de Free, le 12 janvier 2012.
L'offre d'abonnement au mobile sur le site Internet de Free, le 12 janvier 2012. — PRM/SIPA

Depuis la dernière panne de grande ampleur constatée sur le réseau de Free Mobile, beaucoup d’abonnés sont perdus. Comment expliquer ces perturbations? A quoi sont-elles dues? Qu’est-ce qu’un «équipement de signalisation»? Et pourquoi est-il difficile de passer un appel en heure de pointe le soir en semaine? Dans deux entretiens accordés à Challenges et au Figaro, Jean-Luc Vuillemin, en charge des réseaux chez Orange [l’opérateur historique loue des antennes à Free Mobile afin de compléter sa couverture réseau], confirme les hypothèses avancées depuis une semaine.

Tout d’abord, Free Mobile a été touché par des pannes d’un équipement de signalisation. L’opérateur l’a reconnu. Jean-Luc Vuillemin explique de quoi il s’agit à Challenges: «Deux réseaux [mobiles] doivent sans arrêt échanger des informations: qui est-ce client qui appelle? Où est-il? Qui appelle-t-il? Où est-celui qui est appelé? Quels sont les droits de l’appelant: peut-il envoyer des MMS, utiliser la data ... Quand un client Free appelle, le réseau Free Mobile le ‘tracke’ [le recherche et l’identifie] pour savoir où il est et pour savoir vers qui adresser l’appel, en allant puiser les infos dans une base de données de Free, y compris lorsque ce client est en situation d’itinérance». Il poursuit: «De la même façon, quand un de nos clients appelle ou est appelé, le réseau a besoin de connaître un certain nombre d’informations. Toutes ces infos sont stockées dans des bases de données. L’échange d’informations relatives aux clients, c’est ce qu’on appelle la signalisation.»  

Conséquence, quand l’équipement de signalisation tombe en panne, le réseau s’arrête de fonctionner. «Cela a concerné, pour les pannes des 2 et 14 mars, les points de transfert de signalisation qui permettent d'identifier les abonnés Free Mobile où ils se trouvent, à quel service ils ont droit, et qui sont mis à contribution à chaque appel d'un client Free, y compris lorsqu'il est en itinérance sur le réseau d'Orange. Et pour la panne du 20 mars, il s'agit d'une microcoupure dans le réseau de Free Mobile», a-t-il précisé au Figaro.

«Free a sous-estimé ses prévisions» 

Concernant les difficultés à passer des appels en heure de pointe, Jean-Luc Vuillemin a confirmé que le problème venait des liens d’interconnexion entre Orange et Free Mobile. «Orange fournit à Free Mobile ces liens d'interconnexion appelés BPN (bloc primaire numérique) en fonction des prévisions de trafic que Free Mobile nous donne. La dimension de ce lien d'interconnexion est de la seule responsabilité de Free, qui a sous-estimé ses prévisions, ce qui explique ces désagréments», a indiqué le patron du réseau Orange. Ce dernier réfute toute responsabilité de l’opérateur historique: «Orange n'a aucune responsabilité dans les incidents rencontrés par Free. Nous passons beaucoup de temps à concevoir et à faire vivre nos réseaux. Nous avons, bien sûr, anticipé que les clients Free ressortiraient de vieux terminaux 2G de leurs tiroirs… Le parc de terminaux est un élément clé pour le réseau que nous suivons de manière très précise.»

Il répond ainsi aux accusations de l’Arcep. Le gendarme des télécoms avait déclaré le week-end dernier qu’Orange et Free Mobile n’avaient pas assez pris en compte que les offres à 2 euros lancées par le nouvel opérateur conduiraient les Français à ressortir d’anciens téléphones qui utilisent le réseau 2G.

«Nous pourrions suspendre le service à Free» 

Dans l’entretien accordé au Figaro, le patron du réseau Orange finit par prévenir: «Le contrat prévoit que, si le réseau d'Orange était affecté, nous pourrions suspendre le service à Free, le temps qu'il retrouve un fonctionnement normal.» 

Free Mobile, qui avait refusé de s’exprimer sur les différentes perturbations ces dernières semaines, est enfin sorti de son silence mardi. L’opérateur a publié des messages sur son site Internet à destination de ses abonnés, dans l’onglet «Informations réseau», où se trouve une liste des incidents rencontrés. Il a fait savoir à ses clients qu’un retour progressif à la normale était prévu d’ici une quinzaine de jours.