Le gratuit est-il l'avenir du jeu vidéo?

TENDANCE Les acteurs du «Free to play» en sont persuadés...

Philippe Berry

— 

Gaikai est un service américain de jeu en streaming qui permet de jouer gratuitement à des démos ou à des premiers niveaux de jeux récents directement dans son navigateur.
Gaikai est un service américain de jeu en streaming qui permet de jouer gratuitement à des démos ou à des premiers niveaux de jeux récents directement dans son navigateur. — DR

Gratuit rime de plus en plus avec profits. Demandez à Zynga, roi des jeux sociaux sur mobile et Facebook, désormais valorisé en Bourse à plus de huit milliards de dollars, soit 50% de plus qu'Electronic Arts, l'un des poids lourds du jeu vidéo traditionnel. Le gratuit a-t-il un avenir au-delà du casual gaming? Les acteurs du secteur en ont débattu, mercredi, au sommet Free2Play de Londres.

Ben Cousins, de Ngmoco, à qui l'on doit notamment le succès mobile Rolando, en est persuadé: «Dans un futur proche, on verra un jeu gratuit avec l'ambition de Skyrim», confie-t-il à GamesIndustry. «Dans un tel jeu, vous jouez des centaines d'heures, vous développez votre personnage, vous obtenez de nouvelles armes. C'est le parfait modèle pour du F2P («free to play», «jeu gratuit)», estime-t-il.

 

Gagner de l'argent autrement

Car F2P ne veut pas dire «à but non lucratif». L'objectif, c'est de séduire un maximum de joueurs, et de gagner de l'argent soit via la publicité, soit avec des micro-transactions, en les faisant payer pour acquérir des objets dans le jeu. Quand un titre comme Farmville comptait, à son plus haut, des dizaines de millions de joueurs, quelques euros dépensés ici et là, et c'est vite le jackpot.

 

Dans son livre Free: The Future of the Radical Price («Gratuit: le futur du prix radical»), Chris Anderson aborde cette problématique. Le frein principale, c'est la prise de risque. Vendez un jeu comme Modern Warfare 3 à 60 euros, et en deux semaines, vous atteignez le milliard de dollars de chiffre d'affaires. Avec un modèle de F2P et des micro-transactions, l'amortissement serait bien plus long.

 

Aujourd'hui, un blockbuster du jeu vidéo, c'est un coût de développement allant jusqu'à 100 millions de dollars, et autant en marketing/promotion. Lancer un jeu comme GTA V, ou encore pire, une nouvelle franchise, en F2P serait une prise de risque colossale.

 

Des modèles qui se cherchent

Pour autant, Ben Cousin estime qu'on y vient. «Si sur la durée, vous arrivez à faire dépenser au joueur une somme équivalente au coût d'achat actuel, mais que vous avez une base de 100 ou 200 millions de joueurs, les revenus potentiels explosent.»

 

Jusqu'à présent, les éditeurs du jeu vidéo trempent le gros orteil dans la piscine. Plusieurs MMORPG et jeux en ligne ont misé sur ce modèle; d'autres y sont passés en fin de carrière; des niveaux supplémentaires ou des extensions sont parfois proposés gratuitement et font payer pour débloquer des contenus, comme Fifa Online; mais il manque encore le blockbuster pour secouer le tout, comme l'album In Rainbows de Radiohead a pu le faire pour la musique.

 

La technique pourrait changer la donne. Entre le PC, des consoles portables ou de salon et des smartphones, le marché reste ultra-fragmenté. Toucher d'un coup des centaines de millions de joueurs est compliqué. Mais avec des solutions émergentes de jeu en streaming comme OnLive ou Gakai, il est possible de proposer des titres à n'importe qui disposant d'une connexion Internet, sans être coincé par la plateforme. D'ici 5/10 ans, avec de la fibre optique et de la 4G mobile partout, le jeu en streaming pourrait permettre au F2P d'exploser. Avec, pourquoi pas, de la pub-géolocalisée diffusée pendant les temps de chargement.

 

Préférez-vous payer 60€ pour un jeu ou bien y jouer gratuitement et dépenser de petites sommes au fur et à mesure? Dites-le nous ci-dessous.