Google se sanctionne lui-même pour avoir favorisé Chrome

WEB Blogueurs payés pour poster, spam, manipulation des résultats d'une recherche... Google se défausse sur un sous-traitant et jure qu'il va faire du ménage...

Philippe Berry

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Google a lancé son navigateur Chrome en septembre 2008
Google a lancé son navigateur Chrome en septembre 2008 — Montage

Quand un parent interdit à ses enfants de s'approcher du pot de confiture et qu'il se fait prendre la main dégoulinante de marmelade à la fraise, son autorité se retrouve en général mise à mal. C'est la situation dans laquelle se trouve Google, accusé d'avoir mené une campagne marketing violant les règles que l'entreprise a, elle-même, imposé à tous les sites Web. 

Le site SEO Book a découvert plusieurs centaines de billets comportant la mention «ce post est sponsorisé par Google Chrome». Cette pratique de blogueurs rémunérés pour des entrées qui sont en fait des publicités est controversée mais pas interdite. Problème, comme le souligne la référence Andrew Sullivan sur SearchEngineLand, un des billets contenait un lien vers la page de téléchargement de Google Chrome [attention, c'est technique], sans inclure un paramètre indiquant au moteur de recherche d'ignorer le lien pour son algorithme de classement. Et ça, c'est strictement verboten. En clair, publier des liens sponsorisés est toléré. Mais les utiliser pour influencer sa position dans les résultats de Google, c'est une faute d'anti-jeu.

 

Juge et accusé

Dans cette situation, Google est à la fois le joueur de foot venant d'effectuer une main dans la surface et l'arbitre chargé de décider si la faute était volontaire et mérite le carton rouge. Mardi, l'entreprise a décidé de sortir le jaune, annonçant qu'elle allait baisser le poids de Chrome dans son algorithme secret de classement.

 

En 2006, Google avait carrément banni le site BMW.de des résultats pour avoir violé ses règles. Plus récemment, le site du groupe JCPenney s'était fait reléguer en troisième page sur certaines recherches. Selon SearchEngineLand, il est peu probable que Google pénalise autant Chrome –à l'exception de requêtes très spécifiques.

 

Une campagne externalisée

Sommé de s'expliquer, Google se protège par un «c'est pas ma faute». L'entreprise explique que le responsable de la campagne est un sous-traitant, Unruly Media. «Google n'avait donné son accord que pour des publicités en ligne. Nous avons toujours évité d'utiliser des billets sponsorisés pour promouvoir nos produits, car cela n'est pas transparent et donc pas dans l'intérêt du consommateur», déclare l'entreprise. Qui promet de tout faire pour que cela «ne se reproduise plus». De son côté, Unruly Media jure qu'il n'avait jamais demandé la publication d'un lien vers Chrome.

 

Dans cette affaire, deux choses sont dérangeantes. D'abord, le navigateur Chrome, qui vient de dépasser Firefox dans le monde, n'a pas besoin de pratiques douteuses pour faire sa publicité. Mais surtout, la présence de billets sponsorisés dans les résultats, alors même que le nouvel algorithme de Google, baptisé Panda, a fait le ménage au Kärcher contre les sites agrégeant de contenus de faible qualité, fait tâche. Faites ce que je dis, pas ce que je fais...