Watson, la machine d'IBM, se prépare à défier deux champions humains à Jeopardy

HIGH-TECH Le grand match sera diffusé du 14 au 16 février aux Etats-Unis. En jeu: la compréhension du langage humain...

Philippe Berry

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Watson, le superordinateur d'IBM, face à deux champions du jeu Jeopardy
Watson, le superordinateur d'IBM, face à deux champions du jeu Jeopardy — AP/SIPA/S.WENIG

De notre correspondant à Los Angeles

L'humain contre la machine, 2e round. En 1997, «Deep Blue» venait à bout de Kasparov, le champion du monde des échecs. Quatorze ans après, IBM veut remettre ça, cette fois-ci en s'attaquant à l'un des grands challenges de l'informatique: la compréhension du langage naturel par la machine.

Du 14 au 16 février (l'émission a déjà été enregistrée, ndr), «Watson» affrontera les deux meilleurs joueurs de l'histoire de Jeopardy: l'un a remporté 74 victoires à la suite et l'autre détient le record des gains, avec plus de 3 millions de dollars.

Sur le plateau, Watson est représenté par son avatar, sur un écran, et parle d'une voix synthétique. Mais son cerveau se trouve sous la scène: 10 racks de serveurs IBM 750, de la taille d'un frigo chacun, qui utilisent au total 15 To (15.000 Go) de RAM pour alimenter l'équivalent d'un processeur à 2.880 cœurs opérant à 80 teraflops (80.000 milliards d'opérations par seconde).

Perdus dans les chiffres? Watson a besoin d'environ trois secondes pour analyser une question et trouver la réponse. Un ordinateur portable actuel mettrait 2 heures, selon IBM. Evidemment, il n'a pas accès à Internet et doit buzzer mécaniquement avec un temps de réaction prévu pour être similaire à celui des candidats. Seule différence, Watson reçoit une version textuelle de l'indice –au même moment où il est lu aux candidats. Le challenge n'est pas ici de tester ses capacité de reconnaissance vocale mais son habilité à comprendre le sens du langage humain.

L'âge de l'analytique

Pendant quatre ans, plus de 15 chercheurs ont mis au point des milliers d'algorithme pour que Watson soit capable de décortiquer le langage, la fonction et la relation entre des mots. Parallèlement, ils l'ont nourri avec plusieurs millions de textes (encyclopédie, dictionnaires, pièces de théâtre, romans, bible).

Pour répondre à une question, Watson lance ses algorithmes en parallèle et évalue la certitude de chaque réponse. Comme un candidat, s'il n'est pas suffisamment sûr de lui, il ne buzze pas. Pour organiser ce grand match, il a dû attendre de progresser jusqu'à un taux voisin de 90% de bonnes réponses.

S'il excelle sur les questions factuelles, il a encore du mal avec les jeux de mot ou les sous-entendus, nombreux dans le jeu. Mais sa plus grande force, explique David Gontek, d'IBM, à Engadget, c'est «d'avoir appris de ses erreurs.» Concrètement, au cours des dizaines de matches d’entrainement qu'il a livrés contre des candidats humains, en cas d'erreur, il a appris qu'il devait faire moins confiance à tel ou tel algorithme selon le contexte (géographie, science etc).

Si le grand affrontement est un coup médiatique, les applications potentielles de Watson sont des plus sérieuses. Il pourrait par exemple aider les médecins dans le processus de diagnostique différentiel en analysant des centaines de milliers de sources et de cas précédents.

En janvier, il a remporté d'une courte tête une manche d'entraînement face à ses deux adversaires. La semaine prochaine, il disposera d'un avantage majeur: il n'a aucune émotion. Watson ne connait donc pas la pression.

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