Twitter, nouvelle arme des gangs américains

Philippe Berry

— 

Des membres du gang Crips lors des funérailles de leur fondateur Stanley Tookie Williams, le 20 décembre 2005 à Los Angeles
Des membres du gang Crips lors des funérailles de leur fondateur Stanley Tookie Williams, le 20 décembre 2005 à Los Angeles — REUTERS/L.Jackson
 De notre correspondant à Los Angeles

«@BeyondBeautyKye: bitch ill make #oyg bches mobbbb yah shit or ygg sooo stop yah shit go fuck ur mommie shes callin u.» Ce tweet, aussi vulgaire qu'intraduisible, est adressé à un gang rival par une demoiselle (OYG et YGG sont des gangs de Harlem). On reste le plus souvent dans la simple provoc verbale. Mais la police suspecte qu'une escalade par message de 140 signes interposés a débouché sur une fusillade dans laquelle un jeune garçon a été blessé la semaine dernière, rapporte le New York Daily News.
 
Selon la police, Twitter permet non seulement de provoquer un gang adverse, mais également de coordonner une action. La tendance n'est pas nouvelle. Pendant les émeutes dans les banlieues françaises de novembre 2005, les Skyblogs étaient utilisés de la même façon. Mais avec Twitter, «on passe dans la réactivité quasi instantanée», explique à 20minutes.fr Daryl Vigil, de la National Major Gang Task Force, un observatoire de la violence urbaine. SMS, emails, forums, messages sur YouTube, Facebook ou Twitter... «Tous les moyens technologiques sont utilisés».
 
Surveillé par les forces de l'ordre
 
En déclin par rapport au pic du milieu des années 90, les violences liées aux gangs constituent toujours un problème endémique de certaines grandes villes américaines comme New York, Chicago et surtout Los Angeles. En 2001, plus de 50% des homicides dans le comté de Los Angeles étaient liés aux gangs (587 sur 1070). Selon un rapport national, on compterait aux Etats-Unis plus de 20.000 groupes pour un million de membres.
 
Si Internet permet aux gangs de communiquer plus facilement, le réseau offre également des opportunités de surveillance aux autorités. Contacté par 20minutes.fr, le National Gang intelligence Center (du département américain de le Justice) renvoie la balle dans le camp du FBI. La police fédérale confirme que les activités criminelles liées aux gangs font l'objet d'une surveillance, tout comme celles connectées au terrorisme ou aux groupes de white supremacists.
 
Le FBI dispose d'une unité spéciale en charge de la surveillance d'Internet, mais personne n'était disponible dans l'immédiat. Daryl Vigil explique que les autorités ont des listes de personnes suspectes et surveillent par exemple directement leurs comptes Twitter publics. Pour les comptes ou les forums privés, les autorités travaillent «main dans la main avec la justice, les fournisseurs d'accès ou des hébergeurs pour s'assurer que des preuves obtenues puissent être utilisées au tribunal».
 
Après Twitter, à quand les gangs sur Google Wave?